Faut-il Baptiser les Enfants des Croyants ? Jorge Ruiz Ortiz

Les enfants des croyants doivent-ils être baptisés ? C’est-à-dire, devons-nous les baptiser lorsqu’ils sont nouveau-nés ? Il n’est pas exagéré de dire qu’en Espagne, 99% des croyants évangéliques sont de type baptiste. Ainsi, si nous posons cette question aux évangéliques d’Espagne, 99% d’entre eux répondront par un « NON » catégorique et retentissant. Et si nous leur demandons pourquoi ils ne faut pas les baptiser, la réponse la plus courante sera sans doute « parce que l’Église catholique le fait » – à proprement parlé, papiste.

Nous devons dire, d’emblée, que cette réponse nous semble particulièrement erronée. Nous, évangéliques, ne devons pas être guidés, dans ce que nous croyons, faisons ou disons au monde, par ce que fait ou ne fait pas l’église papiste. Souvent je pense qu’à nous, évangéliques, il nous arrive la même chose que ce qui arrive aux papistes, mais à l’inverse. Pour eux, le critère ultime de vérité est « ce que dit l’Église ». Pour nous, la vérité doit toujours être le contraire de ce que dit l’église papiste. Dans un cas comme dans l’autre, la vérité est définie par rapport à l’église dominée par le « pape » ; c’est donc, d’une manière ou d’une autre, le référent et le guide de la vérité. Nous les évangéliques nous faisons une maigre faveur en pensant ainsi ! Notre référent ultime doit toujours être la Parole de Dieu, et c’est sur cette base que nous devons juger de toutes choses, en tout  lieux!

Mais nous devons dire, de plus, que cette réponse nous semble particulièrement erronée parce que, selon la Parole de Dieu, les enfants des croyants en Jésus Christ, non seulement peuvent, mais doivent recevoir le baptême. Nous n’avons aucun problème à affirmer qu’il s’agit d’une pratique biblique. Mais plus encore, nous n’hésitons pas à le qualifier et à le présenter à d’autres comme UNE ORDONNANCE DE DIEU.

En effet, et nous le répétons, le baptême des enfants des croyants est une ordonnance divine pour Son peuple, dans l’Alliance de Grâce. Et une ordonnance divine signifie, qu’elle n’est pas pratiquée sur la base et l’autorité de l’Église, mais sur la base et l’autorité de Dieu, qui nous parle dans les Saintes Écritures, qu’Il a inspirées et dont Il est l’auteur.

Et si quelqu’un nous demande comment nous pouvons oser faire cette déclaration alors qu’il ne se trouve pas même un seul verset dans la Bible qui ordonne que le baptême soit administré aux nouveau-nés, nous répondrons que la Bible ne nous ordonne pas non plus de faire participer les femmes au repas du Seigneur. Est-ce donc incorrect pour elles de le faire ? Bien sûr que non, puisque « tous » les croyants[1] doivent participer à la Cène du Seigneur (Mt 26:27). Il ne se trouve donc pas un commandement de participer qui soit personnalisé aux femmes, ni à leurs maris pour qu’ils le leur permettent. Cependant, c’est à partir du commandement général donné à tous les croyants qu’elles peuvent participer et qu’elles le font. Exactement de la même manière, donc, dans la Bible nous ne trouvons pas de commandement expressément personnalisé en ce qui concerne les enfants des croyants pour qu’ils reçoivent le baptême à la naissance, mais nous avons cette autre déclaration générale à propos du baptême qui affecte toute l’Église du Seigneur Jésus Christ :

« Maris, aimez vos femmes, comme Christ a aimé l’Eglise, et s’est livré lui-même pour elle,afin de la sanctifier par la parole, après l’avoir purifiée par le baptême d’eau » (Ep 5:25-26).

Comme nous le voyons, la doctrine de ce verset est que l’Église du Christ est l’objet et le destinataire du baptême. Et c’est sur cette vérité générale que repose et s’établit la pratique du baptême des enfants des croyants, car si le destinataire du baptême est l’Église, les enfants des croyants font, à coup sûr, partie de l’Église visible de notre Seigneur Jésus Christ.

Bien sûr, cette affirmation et cette proposition n’est pas gratuite, mais soutenue par tout le développement doctrinal, harmonieux et cohérent, que ce thème reçoit à travers les pages de la Bible. Telles seraient ses bases doctrinales les plus importantes :

1. Il n’y a, en essence, qu’une seule Alliance de Grâce qui se développe entre l’Ancien et le Nouveau Testament et qui les unit.

Il s’agit de l’Alliance de Grâce établie par Dieu avec Abraham, et nous la trouvons fondamentalement au chapitre 17 de la Genèse. Dieu a fait cette alliance avec le croyant Abraham (cf. Gn 15: 6) sur la base de la promesse d’être son Dieu et celui de sa descendance.

« J’établirai mon alliance entre moi et toi, et tes descendants après toi, selon leurs générations: ce sera une alliance perpétuelle, en vertu de laquelle je serai ton Dieu et celui de ta postérité après toi. » (Gn 17:7).

Nous pouvons dire que c’est là la promesse essentielle de l’Alliance de Grâce, que Dieu répète aux croyants à travers la Bible, l’Ancien et le Nouveau Testament (Ex 6,7 ; Lv 26,12 ; Jr 24,7 ; 30,22 ; 31,1.33 ; 32,38 ; Éz. 11:20 ; 34:24 ; 36:25-28 ; 37:27 ; Os 2:25 ; Za 8:8 ; 13:9 ; 2 Co 6:16 ; He 8:10 ; Ap 21:3).

L’apôtre Paul indique clairement cette unité essentielle de l’alliance entre les deux Testaments en affirmant que les croyants sont « fils d’Abraham » (Rm 4:11-12 ; cf. aussi 4:24-25). Dans Galates chapitre 3, ce thème est amplement développé (Galates 3:7.9.14.) pour conclure avec cette déclaration capitale du v. 29 : « Et si vous êtes à Christ, vous êtes donc la postérité d’Abraham, et héritiers selon la promesse ». C’est-à-dire la promesse d’être leur Dieu et celui de leur descendance, promesse qui implique la vie éternelle (cf. Mt 22,31-32).

2. Le sacrement de l’Alliance de Grâce dans l’Ancien Testament est la circoncision ; dans le Nouveau, le baptême.

La circoncision était le sacrement de l’Alliance de Grâce dans l’Ancien Testament. C’était une ordonnance à caractère non pas charnel mais spirituel, en ce qu’elle visait et signifiait le Christ. C’était « le signe et le sceau de la justice de la foi » (Rom. 4:11). Elle était aussi un signe de purification spirituelle :

« L’Eternel, ton Dieu, circoncira ton coeur et le coeur de ta postérité, et tu aimeras l’Eternel, ton Dieu, de tout ton coeur et de toute ton âme, afin que tu vives » (Dt 30:6).

Pour sa part, le sacrement de l’Alliance de Grâce dans le Nouveau Testament, le baptême, est le signe et le sceau :

a) du pardon des péchés et, par conséquent, la justification par la foi. « Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ pour le pardon de vos péchés » (Ac 2:38 ; cf. 22:16) ;

b) de notre union avec le Christ et, par conséquent, de notre régénération : notre mort au péché et notre résurrection à une vie nouvelle en Lui ; « Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, c’est en sa mort que nous avons été baptisés? Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions en nouveauté de vie. » (Rom 6:3-4).

3. Dans l’Ancien Testament, les enfants des croyants étaient dans l’Alliance (ce qui signifie recevoir les promesses de Dieu) et, à cause de cela, circoncis.

« J’établirai mon alliance entre moi et toi, et tes descendants après toi, selon leurs générations: ce sera une alliance perpétuelle, en vertu de laquelle je serai ton Dieu et celui de ta postérité après toi » (Genèse 17:7).

« Car la promesse est pour vous et pour vos enfants » (Ac 2:39).

« Vous êtes les fils des prophètes et de l’alliance que Dieu a traitée avec nos pères, en disant à Abraham: Toutes les familles de la terre seront bénies en ta postérité » (Ac 3:25).

« Je dis, en effet, que Christ a été serviteur des circoncis, pour prouver la véracité de Dieu en confirmant les promesses faites aux pères » (Rom. 15:8).

4. Dans le Nouveau Testament, les enfants des croyants sont également cohéritiers (He. 11:9), avec leurs parents, des promesses de Dieu et sont donc aussi dans l’Alliance.

« Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé, toi et ta famille » (Ac 16:31).

L’apôtre Paul appelle les enfants des croyants des « saints » (1 Co 7:14 ; cf. 1 Co 1:2). Dans l’épître aux Ephésiens et aux Colossiens, l’apôtre s’adresse à eux de la même manière qu’il s’adresse à leurs parents, c’est-à-dire comme à des croyants, sur la base de la Parole de Dieu, et par conséquent comme membres de l’Eglise (Ep 6:1-3.4 ; Col 3:21-22).

5. Dans le Nouveau Testament, le baptême remplace la circoncision comme sacrement de l’Alliance.

« Et c’est en lui que vous avez été circoncis d’une circoncision que la main n’a pas faite, mais de la circoncision de Christ, qui consiste dans le dépouillement du corps de la chair: ayant été ensevelis avec lui par le baptême, vous êtes aussi ressuscités en lui et avec lui, par la foi en la puissance de Dieu, qui l’a ressuscité des morts » (Col 2:11-12).

Ainsi, sur la base de toutes ces considérations, nous concluons que :

6. Les enfants des croyants doivent recevoir le baptême à la naissance.  

C’est sur la base de tout ce qui est enseigné par la Parole que nous le déduisons comme « une bonne et nécessaire conséquence de l’Écriture » (Confession de Westminster 1.6). Cela signifie que ce qui est déduit fait partie de la même vérité biblique que tout ce qui a été exposé précédemment. Dieu dans l’Ancien Testament a étendu Ses promesses aux enfants d’Abraham (et par extension, aux enfants des croyants) et a ordonné qu’ils reçoivent le signe et le sceau de l’Alliance. Cette réalité spirituelle reste la même et dans le Nouveau Testament il n’est pas révoqué que les enfants des croyants doivent recevoir le signe de l’Alliance. Par conséquent, s’ils recevaient le signe et le sceau des promesses comme circoncision, ils doivent maintenant les recevoir comme baptême. L’alliance reste en essence la même et Dieu continue à diriger ses promesses envers eux, Il ne les a jamais révoquées. Si Ses promesses leur sont adressées, alors ils sont de dignes récepteurs du signe qui les signifie et les scelle.

À tout cela, sans aucun doute, on objectera que le baptême est pour les croyants (Mc 16:16 ; Ac 8:36-37). Ce à quoi nous répondons que nous sommes d’accord, dans la mesure où nous parlons de païens ou de pécheurs convertis, qui viennent du monde et doivent donc recevoir le baptême pour marquer solennellement leur entrée dans le peuple de Dieu. Mais que cela ne concerne en rien les enfants des croyants, et n’élimine ni ne révoque toute la réalité que nous avons exposée ci-dessus. Cela ne les exclut donc pas du baptême.

On nous objectera aussi, sans aucun doute, que les enfants ne seront pas sauvés en recevant le baptême, car ils ne seront sauvés que s’ils croient en Christ avec une foi qui sauve. Ce à quoi nous répondons que nous sommes d’accord : le baptême, en soi, ne sauve pas. Nous ne les baptisons pas pour les sauver, ni pour les sanctifier. Nous les baptisons parce que Dieu les déclare « saints » dans Sa Parole, nous le croyons, et donc, nous avons le devoir d’exprimer dûment cette réalité, conformément à la Parole de Dieu. Et c’est pour cette raison, parce qu’ils sont déjà « saints » (c’est-à-dire que le Seigneur les a mis à part pour Lui-même) que nous croyons que si nos enfants meurent avant d’être assez grands pour faire usage de leur raison et croire par eux-mêmes, ils iront néanmoins avec le Seigneur, et ce en vertu et grâce à l’Alliance de Grâce du Seigneur. Et nous croyons que les frères baptistes auront cette même conviction et seront d’accord avec nous sur ce point.

Si nous sommes d’accord sur ce point, et qu’en outre les promesses de Dieu pour nos enfants ne dépendent pas du baptême, mais, pour ainsi dire, leur sont antérieures, qu’y a-t-il de plus à les baptiser qu’à ne pas les baptiser ? Il y a une raison fondamentale [pour le faire] : en baptisant nos enfants, l’Alliance leur est visiblement administrée, le signe des promesses de Dieu leur est visiblement appliqué. Ils ne sont pas placés en marge et en dehors de la grâce de Dieu, mais sont en fait réellement introduits par grâce dans l’église de Jésus Christ. Ce faisant, les parents acquièrent la responsabilité d’éduquer leurs enfants « en les corrigeant et en les instruisant selon le Seigneur » (Ep 6:4), étant pour eux un véritable exemple de foi et de fidélité, afin qu’à l’âge adulte, les enfants aient la même vraie foi que leurs parents. C’est là aussi la responsabilité des enfants qui ont été baptisés et à qui l’Alliance a été administrée: celle d’embrasser par la foi le Christ qui lui a toujours été offert dans les eaux de son baptême par la foi de ses parents.

On nous dira, peut-être, que parce qu’en atteignant l’âge adulte les enfants peuvent ne pas être convertis et même se détourner du Seigneur, alors cela contredirait la pratique du baptême des enfants. En fait, il en va de même pour beaucoup de ceux qui sont baptisés en tant qu’adultes, et personne ne tente d’invalider le baptême des adultes pour cette raison. Quoi qu’il en soit, en ce qui concerne les enfants baptisés, dans ce cas, s’ils se retirent lorsqu’ils atteignent la jeunesse ou l’âge adulte, ils auront alors été apostats au Seigneur. Et Hébreux 10:29 parle de l’apostasie en ces termes : « de quel pire châtiment pensez-vous que sera jugé digne celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, qui aura tenu pour profane le sang de l’alliance, par lequel il a été sanctifié, et qui aura outragé l’Esprit de la grâce » ? Pour être apostat, il faut réellement avoir été « sanctifié par le sang de l’alliance », et c’est ce que nous faisons avec nos enfants en les baptisant. Dans le fond, la réalité de leur baptême est confirmée.

Mais le plus grand bénéfice du baptême des enfants n’est pas de marquer leur responsabilité s’ils se retirent, mais de devenir le moyen par lequel l’enfant peut croire et être sauvé. Bien que le baptême ne sauve pas, il peut néanmoins être le moyen pour eux de placer leur foi dans le Seigneur d’une manière salvatrice. D’accord nos enfants doivent croire pour être sauvés, mais nous devons partir du principe que par nature, ils ne le veulent (Jean 5:40) ni ne le peuvent (Jean 6:44). Pouvons-nous alors transformer l’Evangile en une loi qu’ils doivent accomplir eux-mêmes pour être sauvés ? Mais l’Evangile est le message de ce que nous sommes sauvés non par nos oeuvres mais par la grâce de Dieu (Ep 2:8) ! L’Alliance de Grâce est le message de Dieu qui leur adresse, dans sa miséricorde et sa grâce, leur disant qu’il sera aussi leur Dieu. Et ceci, avant qu’ils ne fassent quoi que ce soit pour le mériter, et sans qu’après l’avoir cru ils puissent le mériter, sinon seulement par les mérites du Christ. Si vous croyez cela, vous êtes sauvés ; oui, sauvés simplement en y croyant ! Ceci, Messieurs, est le pur Evangile !

En conclusion, vraiment, à la lumière de tout cela, nous ne voyons aucune objection valable à ce que nous les croyants nous baptisions nos enfants. Nous continuerons de le faire comme cela a toujours été fait, avec la conscience bien pure devant Dieu ; croyant que, à cause de cela, la bénédiction spirituelle sera sur nos familles ; priant pour que vienne le jour où 100% des évangéliques d’Espagne parviennent à la même conviction par sa Parole.

Article du Rev. Jorge Ruiz Ortiz, l’original est disponible ici : https://westminsterhoy.wordpress.com/2011/07/04/¿se-tiene-que-bautizar-a-los-hijos-de-los-creyentes/

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