La Critique Textuelle et l’Orthodoxie Protestante : Filiation ou Trahison ?

Pour nous Protestants il n’existe qu’une seule et unique règle de foi et de vie : la Sainte Écriture. C’est par elle que doivent être tranchées toutes les controverses religieuses. 

Elle est l’autorité suprême. Et cela doit être sans cesse maintenu contre tous ceux qui reconnaissent l’existence d’un second canal de révélation : aussi bien les papistes et leur fantastique tradition orale et apostolique qui fait office de justification aux nombreuses dérives dont ils sont si friands, que les enthousiastes en tout genre qui font de leurs expériences mystiques une norme de foi. 

Martin Luther disait que la doctrine de la justification par la seule foi était articulus stantis et cadentis ecclesiae. C’est-à-dire l’article sur lequel l’Église tient ou s’effondre.  

Cela pourrait sans aucun doute être dit d’autres doctrines fondamentales, à commencer par la doctrine de l’Écriture. 

Lorsque l’on s’attaque à la doctrine protestante de l’Écriture, c’est au fondement même de notre foi que l’on s’attaque. Et si le fondement est ébranlé, l’édifice l’est également. 

C’est la raison pour laquelle un certain nombre d’irréductibles gaulois, parmi les églises protestantes, ont vu – et continuent de voir – d’un très mauvais œil l’avènement de la critique textuelle. Depuis le 19ème siècle, cette dernière n’a pas cessé de fragiliser l’autorité de l’Écriture. Et ce, même lorsqu’elle s’est revêtue des habits de la piété et de la foi. 

Ces irréductibles gaulois croient en la préservation de la Sainte-Écriture dans ce qu’ils nomment le texte confessionnel. C’est-à-dire le texte des réformateurs, ecclésiastiquement sanctionné par la Confession de Foi de Westminster (I.8) : 

  • Le Texte Massorétique hébreu pour l’Ancien Testament; 
  • Le Textus Receptus grec pour le Nouveau Testament. 

Il s’agit de notre position et nous espérons, Dieu voulant, pouvoir la défendre dans une série d’articles qui lui sera consacrée. 

Les partisans de la critique textuelle croient, comme les partisans du texte confessionnel, en l’infaillibilité et en l’inerrance de l’Écriture. Mais à ceci près que les partisans de la critique textuelle situent cette inerrance et cette infaillibilité dans les autographes, c’est-à-dire dans les textes écrits de la main des auteurs bibliques. Oui mais voilà, ces textes nous ne les avons plus

L’équation est donc simple : a) l’Écriture est infaillible dans ses autographes; b) nous n’avons plus ces autographes donc c) nous n’avons aucune garantie du type de texte que nous avons entre les mains. Il n’est pas compliqué de percevoir les difficultés qui jaillissent nécessairement d’une telle position et, dès lors, de comprendre la levée de boucliers dont la critique textuelle a pu faire l’objet.

Nous sommes bien conscients que, tel le pompier pyromane, les partisans de la critique textuelle ont formulé des réponses pour essayer de résoudre cette difficulté. Nous aurons là encore l’occasion d’y répondre, mais pas dans cet article. Cet article a pour but de situer le débat sur l’échiquier historique. Qui de ces deux groupes est le plus fidèle à son Histoire ? S’il y a bien une constante dans l’Histoire de la théologie c’est que chacun cherche le soutient historique des pères qui l’ont précédé.

Pour l’un des plus grands connaisseurs de la théologie réformée, Richard Muller, le vainqueur d’un tel débat ne fait pas un pli : 

« Par texte « original et authentique », les protestants orthodoxes n’entendent pas les autographa que personne ne peut posséder mais les apographa en langue originale qui sont la source de toutes les versions. Les Juifs à travers l’histoire et l’Eglise au temps du Christ ont considéré l’Ancien Testament Hébreu comme authentique et pendant près de six siècles après le Christ, le Nouveau Testament Grec a été considéré comme authentique, sans aucune discussion. Il est important de noter que l’insistance de l’orthodoxie réformée sur l’identification des textes Hébreu et Grec comme seuls authentiques n’exige pas de référence directe aux autographa dans ces langues ; le « texte original et authentique » des Écritures signifie, au-delà des copies des autographa, la tradition légitime des apographa Hébreu et Grec. »

Et 

« L’argument en faveur de l’Écriture comme règle infaillible de la foi et de la pratique… repose sur un examen des apographa et ne cherche pas la régression infinie de l’autographa perdu comme support d’infaillibilité textuelle. »

Alors,

« Il faut donc établir un contraste assez net entre les arguments de l’orthodoxie protestante concernant les autographa et les vues d’Archibald Alexander Hodge et de Benjamin Breckinridge Warfield… qui prétendent à un texte erroné, contre le consensus orthodoxe qui affirme le contraire, doivent prouver leur cause. Revendiquer des erreurs dans les copies scribales, les apographa, n’est guère une preuve. La revendication doit être prouvée vraie depuis l’autographe. Le point soulevé par Hodge et Warfield est un saut logique, une belle rhétorique, un casse-tête destiné à déconcerter les critiques – qui ne peuvent prouver leur cause que par le recours à un texte qu’ils n’ont pas (et ne peuvent pas avoir). »

Et,

« Turretin et d’autres de la haute et tardive orthodoxie ont soutenu que l’authenticité et l’infaillibilité des Écritures doivent être identifiées dans et depuis les apographa, et non dans et depuis les autographa perdus. »

Et plus tard,

« Trop de discussions sur les méthodes des réformateurs ont tenté de les transformer en précurseurs de la méthode critique moderne, alors qu’en fait, les développements de l’exégèse et de l’herméneutique aux XVIe et XVIIe siècles à la fois précèdent et entrent souvent en conflit avec (et parfois même esquissent) les méthodes de l’ère moderne. »

Merci au site https://confessionalbibliology.com/ pour les citations que vous pouvez retrouver ici : https://confessionalbibliology.com/2016/12/01/textual-criticism-providential-preservation/

Les textes sont tirés de : Post-Reformation Reformed Dogmatics, and volume 2, Post-Reformation Reformed Dogmatics: Holy Scripture: The Cognitive Foundation of Theology.

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