La Différence Entre Sola Scriptura et Biblicisme – R. Scott Clark

Les solas de la Réforme (par la grâce seule, par la foi seule, selon l’Écriture seule) ne sont pas bien compris aujourd’hui. Hier, cependant, c’était l’anniversaire de la célèbre déclaration de Luther à la Diète de Worms. Bien que déjà frappé d’interdiction pour ses enseignements, Charles Quint lui avait promis un sauf conduit de Wittenberg à Worms. Lorsqu’il arriva en grande pompe, il fût amené dans la salle impériale au centre de laquelle se trouvait une table avec ses livres. On lui a demanda s’ils étaient vraiment les siens et s’il était prêt à se rétracter.  Il demanda nerveusement plus de temps. On lui donna une journée pour réfléchir. Le lendemain, il fut de nouveau amené à la Chambre impériale. Il commença à débattre. Il déclara que les livres étaient les siens mais qu’ils étaient tous de nature différente. Il entama une longue discussion sur leur contenu. Eck, le théologien impérial, l’interrompit et lui demanda de répondre franchement et « sans cornes » (sans dialectique) s’il allait se rétracter.  Luther répondit :

« Puisque votre illustre majesté et vos altesses exigent de moi une réponse catégorique, je la leur donnerai sans ambiguité et sans détour. À moins que je ne sois convaincu par le témoignage des Écritures ou par des raisons évidentes, car je ne puis me soumettre aux décisions seules du pape et des conciles, lorsqu’il est constant qu’ils ont souvent erré et qu’ils se sont même contredits, ma conscience est captive de la Parole de Dieu. Je ne peux donc ni ne veux me rétracter, car il n’est ni sûr ni honnête d’agir contre sa conscience. » 

L’historicité des mots les plus célèbres associés à la Diète (Reichstag Impérial) de Worms (« Me voici. Je ne peux pas agir autrement. Que Dieu me soit en aide. Amen ») est incertaine. Ce que nous devons comprendre, cependant, c’est ce qu’il a dit au sujet de l’autorité des papes, des conciles, de la raison et de l’Écriture. Luther n’était pas bibliciste. Ce qu’il revendiquait à Worms était le sola Scriptura (selon la Scriptura seulement), non pas le biblicisme. Il affirmait l’autorité unique et finale de l’Écriture Sainte et la nécessité de bonnes et nécessaires conséquences déduites de l’Écriture. Il affirmait la perspicacité de l’Écriture, c’est-à-dire que l’Écriture est suffisamment claire pour que les chrétiens, avec l’aide de l’Esprit Saint, soient capables de comprendre l’Écriture et d’y trouver ce qu’il faut connaitre pour la foi et la vie chrétienne. La Confession de Westminster 1.6 est un brillant résumé de ce que les Protestants confessionnels entendent par le sola Scriptura :

« Tout le Conseil de Dieu, c’est-à-dire tout ce qui est nécessaire à la gloire du Seigneur ainsi qu’au salut, à la foi et à la vie de l’homme, est expressément consigné dans l’Écriture ou doit en être déduit comme une bonne et nécessaire conséquence; rien, en aucun temps, ne peut y être ajouté, soit par de nouvelles révélations de l’Esprit, soit par les traditions humaines. Néanmoins, nous reconnaissons que l’illumination intérieure de l’Esprit de Dieu est nécessaire pour une compréhension à salut de ce qui est révélé dans la Parole. Certaines circonstances du culte dû à Dieu, et du gouvernement de l’Église, communs à toutes activités et sociétés humaines, doivent être arrangés selon la lumière naturelle et la sagesse chrétienne, dans le respect des règles générales de la Parole qui doivent toujours être observées. »

L’influence du radicalisme anabaptiste, qui a balayé et transformé l’évangélisme Américain au XIXe siècle (dont les causes font l’objet d’un autre post), l’a fait passer d’une compréhension Réformée du Sola Scriptura à une doctrine différente : le biblicisme ou la tentative de comprendre les Écritures par soi-même et de soi-même, c’est-à-dire dans l’isolement de l’histoire de l’Église et de la communion des saints. Dans le biblicisme, l’interprète, et non l’Écriture, devient souverain. Historiquement les biblicistes, bien qu’ils se vantent de leur dévotion envers l’Écriture, sont en fait dévoués à la suprématie de la raison. Comme quelqu’un a dit quelque part : « Tous les hérétiques citent l’Écriture. » C’est une chose de citer l’Écriture, mais c’en est une autre de bien la lire et de l’interpréter correctement.

L’Écriture est suffisante et elle est suffisamment claire mais, à cause du péché, nos esprits ne sont pas toujours clairs. Je ne peux pas compter le nombre de conversations que j’ai eues avec des rationalistes, c’est-à-dire ceux qui placent l’autorité de l’intellect au-dessus de toutes les autres autorités, et des mystiques, c’est-à-dire ceux qui placent l’autorité de l’expérience religieuse au-dessus de l’Écriture, et qui affirment pourtant suivre l’Écriture. Un rationaliste sait a priori ce que l’Écriture doit dire. Rome est coupable de cette erreur. Elle savait avant même d’avoir lu l’Écriture que Dieu ne peut justifier que celui qui est déjà, par la grâce et la coopération avec la grâce, intrinsèquement et entièrement sanctifié. C’est une forme de rationalisme. Les antitrinitaires du début du XVIe siècle savaient avant même d’en venir à l’Écriture que Dieu ne pouvait pas être un en trois personnes. Les Sociniens, à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle, prétendaient suivre l’Écriture, mais ils rejetaient la compréhension universelle (catholique) des Écritures selon laquelle Dieu est un en trois personnes, selon laquelle Jésus est Dieu le Fils incarné, selon laquelle il est mort comme notre expiation substitutive. Ils étaient des rationalistes se faisant passer pour des étudiants sincères de l’Écriture. Avant d’en arriver à l’Écriture ils avaient un engagement préalable envers la raison : ils étaient prêts à croire ces choses qu’ils pouvaient expliquer et comprendre entièrement. Les doctrines de la Trinité, les deux natures du Christ et le salut étaient DOA [trad. morts à l’arrivée] pour les Sociniens. La théologie du rationaliste est guidée par la Quête d’une Certitude Religieuse Illégitime (QIRC). Il ne peut pas supporter de mystère.

Les mystiques commencent par leur expérience personnelle de Dieu ou du Christ ressuscité. Ce qui compte le plus pour eux, ce n’est pas ce que la Parole de Dieu dit réellement et clairement, mais ce qu’ils ont compris de leur rencontre immédiate, personnelle et mystique avec Dieu. Bien qu’ils commencent par l’expérience et l’affection (l’émotion), ils atterrissent dans un endroit très similaire à celui du rationaliste. Ils parlent de l’Écriture, mais ils la suivent seulement quand elle confirme ce qu’ils ont déjà vécu. Ils sont résistants à ce que l’Écriture enseigne réellement et clairement. Ils peuvent parler de sola Scriptura, mais ce qui motive et façonne vraiment leur théologie, leur piété et leur pratique, c’est le sola experiente (selon l’expérience seule). Le mystique est engagé dans la Quête d’une Expérience Religieuse Illégitime (QIRE). Il est définitivement insatisfait de l’Écriture.

Les Protestants confessionnels, en revanche, à commencer par Luther, Tyndale, Calvin et autres, étaient attachés à l’autorité seule, unique, finale et perspicace de l’Écriture comme Parole de Dieu, mais aucun d’eux ne lisait l’Écriture comme s’ils étaient les premiers à la lire. Ils lisaient l’Écriture avec l’Église. Ils lisaient l’Écriture avec d’autres chrétiens. Ils considéraient l’Écriture comme normative et définitive, comme l’autorité finale. Ils n’ont pas commencé par la raison ou l’expérience religieuse. Quand Luther parlait de « raisons évidentes » à Worms, il n’affirmait pas l’autorité finale de l’intellect humain. Il reconnaissait que les Hommes interprètent effectivement les Écritures. Nous tirons de l’Écriture de bonnes et nécessaires inférences. Il y a des inférences inévitables que nous sommes tenus de croire. Il y a d’autres inférences qui sont moins certaines et qui sont discutables. L’Église universelle (c.-à-d. l’Église catholique) a confessé ces bonnes et nécessaires inférences dans le Symbole des Apôtres, le Symbole de Nicée, la Définition de Chalcédoine et le Symbole d’Athanase. Les Églises Réformées ont confessé leur compréhension de l’Écriture dans leurs confessions, qui sont le produit de la lecture des Écritures avec l’Église universelle et de la lecture des Écritures ensemble. Aussi, à chaque instant, l’Eglise s’est soumise à l’Ecriture. Elle ne s’est pas considérée, comme Rome, comme la mère de l’Écriture. Nous ne nous sommes pas attribué l’autorité de créer de nouveaux sacrements (comme Rome l’a fait au XIIIe siècle) ou d’imposer aux croyants des cérémonies, des doctrines ou des expériences qui ne sont pas dans la Parole de Dieu.

Quand Luther se tenait sur la seule, finale et perspicace autorité de la Parole de Dieu, il ne pouvait pas connaître toutes les manières dont cette affirmation serait tordue, mais il en connaissait la plupart puisqu’elles avaient déjà eu lieu dans l’histoire de l’Eglise. Le biblicisme est une chose et le sola Scriptura en est une autre. Le biblicisme est rationaliste et irrationaliste, mais le sola Scriptura ne l’est pas. Si vous ne lisez pas les Écritures avec l’Église et dans la communion des saints, vous ne suivez pas le Sola scriptura et les Protestants confessionnels.

Article original disponible ici : https://heidelblog.net/2015/04/the-difference-between-sola-scriptura-and-biblicism/

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