Engagé avec la 1689 (1) : Une Rapide Taxinomie – R. Scott Clark

Introduction

Récemment, j’ai eu l’occasion d’engager un dialogue amical avec des spécialistes baptistes quant aux mérites du projet proposé dans Recovering the Reformed Confession. Ce projet est, comme ils disent, en cours de publication. En raison du manque d’espace il y a certaines choses que je n’ai pas pu faire, à savoir de discuter davantage de certains textes et certaines approches de la théologie de l’alliance baptiste (par opposition à la théologie de l’alliance réformée). Il y a environ 60 millions d’évangéliques en Amérique du Nord – en revanche, il n’y a probablement pas plus de 500 000 chrétiens réformés confessants en Amérique du Nord. Pratiquement tous ces évangéliques assument ou confessent consciemment une version baptiste de l’histoire rédemptrice et une version baptiste de l’Église et des sacrements. En raison du nombre de variations inhérentes à tout grand groupe, toute taxonomie serait impossible dans une courte série d’essais. Pour les besoins de la discussion, disons qu’il y a trois points de vue principaux à faire valoir : l’approche baptiste évangélique générique (BEG), la vieille vision baptiste prédestinarienne (VBP) et la vision baptiste particulière (BP).

La version BEG n’a pas une vue très détaillée des alliances bibliques, si même il en a une. Tom Ascol écrit à propos d’un « rejet catégorique de l’alliance par certains baptistes ». Il pense que les promesses faites à Abraham sont terrestres et non spirituelles. Pour la plupart de ceux qui sont sous l’influence de la BEG, la grande distinction est entre l’Ancien et le Nouveau Testament. S’il y a un texte qui guide leur lecture de l’histoire rédemptrice, c’est probablement Jérémie 31:31-33. Dans cette optique, on suppose que le contraste de Jérémie se situe entre l’AT en entier et le NT. Certains dans cette approche affirment la prédestination (p. ex. le mouvement dit des Jeunes, Agités et Réformés), mais ils ne s’identifient pas particulièrement à la confession de 1689 ou à d’autres documents ou traditions confessionnels du genre. La plupart d’entre eux, cependant, rejettent une théologie prédestinarienne sous cette rubrique.

La version VBP consacre plus d’attention aux alliances de l’AT. Dans cette approche, représentée par la vieille génération (après la Seconde Guerre mondiale), les « baptistes réformés » (une désignation qui, pour autant que je sache, n’est devenue largement utilisée qu’après la Deuxième Guerre mondiale) ont appris leur théologie « réformée » des théologiens presbytériens et des institutions presbytériennes et se voyaient comme un avec eux sur bien des points. Ils confessent la 1689 mais la lisent sans doute à travers le prisme de la Confession de foi de Westminster. Ainsi, leur approche d’Abraham et des autres alliances de l’AT ressemble beaucoup à celle de leurs compagnons presbytériens et réformés. La grande différence semble résider dans leur compréhension de la nature hautement eschatologique de la Nouvelle Alliance, qui la distingue de l’AT, et qui exclut l’administration aux nourrissons du signe de l’admission à la Nouvelle Alliance. Eux aussi tendaient à lire Jérémie 31 à peu près de la même manière que les BEGs.

Selon la vision BP, les VBP n’ont pas accordé suffisamment d’attention au contexte historique dans lequel la vision baptiste particulière (la désignation originale) s’est développée. Elle ignorait plus ou moins l’existence de Néhémie Coxe (d. 1689). La brève biographie de Coxe par mon ami et collègue James Renihan, « An Excellent and Judicious Divine : Nehemiah Coxe » publié dans Ronald D. Miller, James Renihan et Francisco Orozco, éditeurs, Nehemiah Coxe et John Owen : Covenant Theology From Adam to Christ (Palmdale, CA : Reformed Baptist Academic Press, 2005), en dit autant. Les BP, influencés par la récupération de Coxe et d’autres théologiens BP antérieurs, ont réexaminé la 1689 à la lumière de cette récupération et ont vu plus de discontinuité entre la 1689 et la lecture réformée de l’histoire rédemptrice. Ce sont les adhérents de la version BP qui m’ont alerté sur les différences, par exemple, lorsque les VBP sont tout à fait disposés à dire avec les réformés qu’il n’y a « qu’une seule alliance de grâce, plusieurs administrations », les BP ne le sont pas. Pour eux, comme je l’ai déjà indiqué, l’alliance de grâce a été promise à Adam mais elle n’a pas été réellement administrée sous les types et les ombres. Ce point de vue est cautionné dans le langage de la 1689 et nous examinerons plus en détail le point de vue de Coxe pour voir s’il s’y rapporte. Le résultat est que la vue BP est plus radicale que la vue BEG et la vue VBP. Les adhérents de ce point de vue décrivent ouvertement l’alliance abrahamique comme une « alliance des œuvres » et non pas une alliance de grâce. Ils rejettent l’approche « une alliance, plusieurs administrations ». Pour eux, l’alliance de grâce n’entre dans l’histoire que dans la Nouvelle Alliance. De cette façon, il existe des liens entre la vue BEG et la vue BP. L’antithèse entre le point de vue réformé et le point de vue de la BP et du BEG est plus claire et plus grande qu’avec le point de vue de l’VBP.

À la lumière des discontinuités manifestes entre chacune de ces trois approches baptistes et la théologie réformée depuis les années 1520, nous devons rejeter l’affirmation de Michael Haykin selon laquelle la republication de l’œuvre de Coxe, « démontre clairement que les baptistes calvinistes du XVIIe siècle (sic) comme Coxe – et ses descendants modernes – font pleinement partie de ce courant de théologie Réformée qui est venu du travail de Réformation d’hommes comme Huldreich Zwingli, John Calvin, Heinrich Bulliner, et Théodore de Bèze ». Cette affirmation remarquable n’est, au mieux, que partiellement vraie. Les VBP et les BP partagent la sotériologie générale des Réformateurs, le salut par la grâce seule, par la foi seule, la grâce souveraine, leur doctrine de Dieu (par exemple, l’excellent travail de Dolezal), l’anthropologie et la christologie, mais ils ne partagent évidemment pas la même lecture de l’histoire rédemptrice. Les Réformés ont accordé une grande importance à leur lecture de l’histoire rédemptrice. Ils l’ont élaboré de façon de plus en plus détaillée à partir des années 1520 jusqu’au XVIIe siècle. Ce n’était pas accidentel mais essentiel à leur théologie. Ils n’ont pas seulement écrit des volumes entiers (par exemple, Bullinger’s 1534 De testamento de 1534, Olevianus’ 1585 De substantia, et Cocceius’ De foedere), mais ils ont inclus la substance de cette même approche dans leurs ouvrages systématiques. Dans la mesure où nos amis baptistes affirment que l’alliance Abrahamique était une alliance d’œuvres, ils se sont fortement écartés de la théologie de Luther, Zwingli, Bullinger, Calvin et Bèze. Quiconque aurait proposé cette théorie à Zurich ou à Genève se serait retrouvé persona non grata. Nos amis baptistes ne partageaient pas et ne partagent pas la manière réformée de lire les Écritures (herméneutique). La question est de savoir si la théologie de l’alliance est, comme l’a dit B. B. Warfield, « architectonique » à la théologie réformée. Si c’est le cas, Haykin a exagéré l’unité entre les réformés et les baptistes auxquels il pense.

Article original disponible ici : https://heidelblog.net/2018/02/engaging-with-1689-1/

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