La question n’est pas de savoir si les femmes peuvent enseigner publiquement dans l’église, car tous les Chrétiens orthodoxes conviennent que l’Écriture interdit aux femmes d’occuper une charge dans l’Église et d’exercer les fonctions réservées aux ministres de l’église (1 Cor. 14:34-35 ; 1 Tim. 2:11-15). La question est plutôt de savoir si les femmes peuvent exercer une autorité publique sur les hommes d’une autre manière. Deuxièmement, nous faisons la distinction entre l’enseignement privé, l’admonition et l’exhortation, et les fonctions et les actes d’autorité publics.

Sans entrer dans des exemples spécifiques (qui devraient certainement être discutés une fois la thèse de cet article approuvée par tous), nous aborderons cette question en nous concentrant principalement sur les deux textes précédemment cités.

Il peut être légitime de se demander ce qui constitue un exercice d’autorité, mais il serait problématique de limiter l’exercice public de l’autorité, par les femmes, à la seule sphère ecclésiastique et nier que l’Écriture enracine cette interdiction dans l’ordre créé.

« Il ne leur est pas permis d’y parler » – Pourquoi pas ?

34 Que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis d’y parler; mais qu’elles soient soumises, selon que le dit aussi la loi. 

35 Si elles veulent s’instruire sur quelque chose, qu’elles interrogent leurs maris à la maison; car il est malséant à une femme de parler dans l’Eglise

(1 Corinthiens 14:34-35)

Matthew Poole note que cette interdiction ne s’applique pas aux occasions extraordinaires où Dieu a jugé bon de faire d’une femme une prophétesse, comme Anne (Luc 2:38), les quatre filles d’Actes 21:9, Myriam (Exode 15:20), Huldah (2 Chroniques 34:22), etc. ce sont là des exceptions et non la norme. Poole note que la référence de l’Apôtre à la Loi renvoie à Genèse 3:16, ce qui est important pour notre réflexion car ce texte concerne l’ordre créé, et non quelque chose de spécifique à l’Ancienne Alliance d’Israël, ou à la sphère de l’Eglise du Nouveau Testament.

« La loi à laquelle l’apôtre se réfère ici, est en fait celle de Genèse 3:16, où il est ordonné à la femme d’être soumise à son mari, et où il est dit qu’il doit régner sur elle… ».  

Jean Calvin commente ce passage en notant que le raisonnement qui sous-tend l’interdiction faite aux femmes de parler dans l’exercice d’une fonction officielle, publique ou autoritaire est fondé sur la loi, la nature et le sens commun, de sorte qu’il s’agissait même d’un principe moral reconnu par des personnes n’ayant pas accès à la révélation spéciale ; il n’est pas fondé sur une loi positive surajoutée et spécifique à l’Église.

« Si la femme est soumise, elle ne peut donc avoir autorité publique de prêcher ou d’enseigner. Et à la vérité, dans toutes les nations et tous les peuples, où l’honnêté naturelle a été reconnue, les femmes ont été exclues de tout temps, de toute administration publique, et le sens commun même nous enseigne que c’est une chose mauvaise et déshonnête que les femmes dominent. Même à Rome, du temps où on souffrait qu’elles se présentent devant les juges et plaident publiquement, Caia Affrania fit tant par son babil effronté, que cela aussi leur fut détendu. Mais l’argument de S. Paul est simple, à savoir que le pouvoir de prêcher ou d’enseigner ne convient point à une femme, parce qu’en ce faisant elle est à la tête de tous les hommes qui y sont, et toutefois il faut qu’elle soit soumise ».

Jean Calvin, commentaire sur 1 Corinthiens 14:34

«  Je ne permets pas à la femme d’enseigner » – Pourquoi pas ?

11 Que la femme écoute l’instruction en silence, avec une entière soumission. 

12 Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre de l’autorité sur l’homme; mais elle doit demeurer dans le silence. 

13 Car Adam a été formé le premier, Eve ensuite; 

14 et ce n’est pas Adam qui a été séduit, c’est la femme qui, séduite, s’est rendue coupable de transgression. 

15 Elle sera néanmoins sauvée en devenant mère, si elle persévère avec modestie dans la foi, dans la charité, et dans la sainteté.

(1 Timothée 2:11-15).

Le contexte immédiat concerne l’interdiction faite aux femmes d’enseigner publiquement dans l’Église, mais le raisonnement qui sous-tend cette interdiction s’applique-t-il seulement à l’Église, ou a-t-il une application plus large ? L’interdiction de 1 Timothée 2:12 ne peut pas être seulement une ordonnance ecclésiastique car l’Apôtre Paul la fonde sur la création, et non sur quelque chose de spécifique à l’Église. Il applique un principe général à une situation spécifique, par conséquent partout où ce même principe général est vrai, il s’applique.

John Gill comprend à juste titre qu’il y a une équité naturelle dans ce passage qui s’applique non seulement aux ministres de l’Église, mais aussi à d’autres sphères de la vie publique :

‘Mais je ne permets pas à la femme d’enseigner’,
Elles peuvent enseigner en privé, dans leurs propres maisons et familles ; elles doivent « donner bonnes instruction » (Tite 2:3). Elles doivent élever leurs enfants « en les corrigeants et les instruisants selon le Seigneur » (Ep. 6:4) ; la loi ou la doctrine d’une mère ne doit pas être abandonnée, pas plus que l’instruction d’un père (voir Prov. 1:8 ; 31:1-4). Timothée, sans doute, a reçu beaucoup de bienfaits des enseignements et des instructions privées de sa mère Eunice et de sa grand-mère Loïs ; mais les femmes ne doivent pas enseigner dans l’église ; car c’est un acte de puissance et d’autorité, et cela suppose que les personnes qui enseignent soient d’un degré supérieur, et qu’elles aient une charge supérieure, et des compétences supérieures à celles qui sont enseignées par elles :

‘ni de prendre autorité sur l’homme’
comme il ne le faut pas dans ce qui est du civil et du politique, ou dans les choses relatives au gouvernement civil ; et dans les choses domestiques, ou les affaires de la famille ; il ne le faut pas non plus dans les choses ecclésiastiques, ou ce qui concerne l’église et son gouvernement ; car une partie de la fonction est de nourrir l’église avec la connaissance et la compréhension ; et, si une femme prend sur elle de faire cela, elle prend autorité sur l’homme : elle ne doit donc pas faire
.

John Gill, commentaire sur 1 Timothée 2:12.

Dans le contexte l’Apôtre Paul parle du culte public, mais la violation de la loi dont il parle est d’un ordre plus général, c’est pourquoi il raisonne à partir de la création. L’Apôtre argumente du plus grand au plus petit. Il utilise un principe moral général enraciné dans l’ordre créé afin d’expliquer pourquoi un cas particulier de ce même principe vaut pour l’application qu’il fait. Le fait que Dieu ait créé Adam d’abord et Eve ensuite a pour but de nous enseigner que le sexe féminin est destiné à être un compagnon d’aide pour le sexe masculin, et non un dirigeant. Il raisonne également à partir de la chute. « Dernière dans l’existence, elle était première dans le péché. Le subtil serpent savait qu’elle était ‘le vase le plus faible’. Il l’a donc tentée ». Paul ne permet donc pas à la femme d’enseigner ou d’exercer l’autorité, ce qui, comme application de la loi, lui interdirait d’exercer une telle autorité dans les églises. Cependant, ce principe aurait également de nombreux autres domaines d’application. C’est pourquoi Ésaïe déclare que la domination des femmes sur les hommes est un jugement de Dieu sur le peuple (Ésaïe 3:12), et c’est pourquoi Paul enseigne que les femmes « aient des enfants, qu’elles dirigent leur maison » (1 Tim. 5:14), et qu’elles soient « occupées aux soins domestiques »  (Tite 2:5).

De plus, dans ce passage, l’Apôtre réoriente le débat sur le rôle des femmes, de l’autorité publique et formelle vers la « procréation », la sphère du foyer, selon le dessein de Dieu. Il y a certainement d’autres choses à découvrir dans le verset 15 [2], mais ce point suffit pour notre propos.

« Il est sous-entendu que la malédiction même sera une condition favorable à son salut, en ce qu’elle remplira fidèlement sa part en faisant et en souffrant ce que Dieu lui a assigné, à savoir les devoirs de la procréation et du foyer, sa sphère, par opposition à l’enseignement public, qui n’est pas la sienne [de sphère], mais celle de l’homme (1 Tim. 2:11-12). Dans cette sphère domestique, et non celle du service public du royaume de Dieu, elle sera sauvée selon les mêmes termes que tous les autres, c’est-à-dire par une foi vivante ».

Commentaire de Jamieson Fausset Brown sur 1 Timothée 2:15, vol. 3, p. 486.

De même, J.G. Vos et Phil Martin, dans leur judicieux pamphlet « Are Women Elders Scriptural ? » (1939), notent que « l’interprétation courante [de 1 Tim. 2:15] est qu’en tenant la maison et en étant une heureuse mère d’enfants (Psaume 113:9), la femme trouvera sa véritable sphère et sa mission suprême dans la vie, davantage qu’en occupant des positions de leadership et d’autorité sur les hommes ». (point 14). Là encore, il s’agit de l’application d’un principe général – établi dans la nature et le dessein de Dieu pour les sexes – à une circonstance spécifique.

Là encore, il peut être légitime de se demander ce qui constitue un exercice d’autorité, mais il serait problématique de limiter l’exercice public de l’autorité par les femmes à la seule sphère ecclésiastique et de nier que l’Écriture enracine cette interdiction dans l’ordre créé.

Instruction privée

L’instruction privée, l’admonition ou l’exhortation ne sont pas la même chose que l’exercice de l’autorité sur les hommes dans l’église, l’état, la maison ou toute autre sphère. C’est pourquoi les commentateurs Réformés établissent une distinction entre les positions d’autorité publiques et le discours privé.

Par exemple, John Gill commente Actes 18:26 en disant qu’Aquilas et Priscille n’ont pas corrigé Apollos en public, mais l’ont pris à part en privé pour les trois raisons suivantes : 1) A cause de l’Evangile, « afin de ne pas y mettre une pierre d’achoppement, ni aux jeunes convertis, et de ne pas donner à l’adversaire une occasion d’en tirer des avantages ». 2) Pour Apollos lui-même, « afin de ne pas le faire rougir et le décourager ». Et 3) Parce que Priscille était une femme, « il n’était pas convenable, surtout pour Priscille, de parler en public, et il n’était pas permis à une femme de parler dans les synagogues juives ». Il poursuit, « et on peut donc observer que les femmes de grâce, de connaissance et d’expérience, bien qu’elles ne soient pas autorisées à enseigner en public, peuvent et doivent communiquer en privé ce qu’elles savent des choses divines, pour l’usage des autres ».

Dans le même passage, Jean Calvin note que « toutefois, il faut nous souvenir de ce que j’ai dit : Priscille a donné cette instruction en privé et dans la maison, afin de ne pas enfreindre l’ordre institué par Dieu et que la nature même nous enseigne ». De même, Matthew Poole fait la distinction entre les positions d’autorité publiques et l’enseignement privé :

« Si nous permettons à Priscille d’avoir contribué à l’instruction d’Apollos, comme nous le pouvons sans doute, il est certain que ce n’était que dans un discours privé ; ce qui, associé à un comportement doux et humble, peut être très efficace pour la conversion des âmes (1 Pierre 3:1-2). Ainsi, Timothée était redevable à sa mère et à sa grand-mère pour sa connaissance des choses de Dieu (2 Timothée 1:5). Mais autrement, il n’est pas permis à une femme d’enseigner (1 Timothée 2:11-12) ».

Matthew Poole, commentaire sur Actes 18:26

Ce principe étant bien compris, à la lumière de la nature et des Écritures, les chrétiens disposent d’une base commune pour discuter des rôles et des fonctions spécifiques et de ce qui constitue un exercice public de l’autorité. Ce principe a été compris dans l’Église depuis des siècles, comme le montrent les citations précédentes. Bien que cette idée ne soit pas aujourd’hui très répandue dans la société, nous estimons qu’elle s’applique à la fois aux sphères civiles et ecclésiastiques. En remplissant le rôle qui leur revient dans la société, les femmes remplissent leur devoir envers Dieu et profitent à leur famille et à la société dans son ensemble. En agissant en dehors du rôle que Dieu leur a donné, quand elles exercent leur autorité sur les hommes non seulement dans l’église mais aussi en public, les femmes se nuisent en fait à elles-mêmes, et à la société.

[1] Jamieson Fausset Brown commentary on 1 Timothy 2:13, vol. 3, p. 486.

[2] See Stephen Charnock’s exegesis of this verse here: Discourse For The Comfort of Childbearing Women

Article original de Paul Barth, disponible ici.

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