De nombreuses églises Réformées se sont historiquement opposées à l’observation des jours saints établis par l’homme, comme Noël et Pâques. Même les églises Réformées sur le continent, qui laissèrent à la liberté chrétienne l’observation de certains jours saints dans certaines de leurs confessions, le firent souvent en raison d’un compromis avec le peuple entêté, en vue de poursuivre la Réforme, ou parce que les magistrats civils les y obligèrent (cf. John Calvin and Holy Days). Gisbertus Voetius, délégué au Synode de Dordrecht, raconte que l’Église Néerlandaise essayait depuis longtemps de se débarrasser des jours saints, mais que la permission du synode concernant les jours saints était « imposée de l’extérieur, encombrant pour les églises, et en soi absolument malvenue ; les synodes étaient convoqués, contraints et forcés de recevoir, d’introduire et d’admettre cette permission, comme à la manière d’une transaction, afin d’éviter des situations encore plus désagréables et mauvaises » (Selectarum Disputationum Theologicarum pars prima, cité dans Why are Ecclesiastical Feast Days in our Church Order? ). La seconde Réforme Néerlandaise réussit plus efficacement à supprimer la célébration des fêtes religieuses dans les églises (cf. Nadere Reformatie Contra Christmas). [1]

Malheureusement, aujourd’hui, non seulement de nombreuses églises Réformées recommencent à observer Noël et Pâques, mais certaines commencent même à observer le Carême, le Vendredi Saint, l’Avent, etc. Dans cet article, nous allons exposer huit raisons pour lesquelles les Réformés se sont opposés aux jours saints établis par les hommes et ont exclusivement observé le jour du Seigneur 52 fois par an. [2]

1. « Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage » (Ex. 20:9)

Dieu nous a donné six jours de travail et un jour de repos et d’adoration. Que nous interprétions les six jours de travail comme un commandement ou comme une permission, ce principe est violé par l’institution d’un jour saint. S’il s’agit d’un commandement, aucun homme ne peut commander autre chose. S’il s’agit d’une permission de travailler six jours, aucune autorité humaine, y compris les ministres de l’église, ne peut lier la conscience et retirer la liberté que Dieu a accordée de travailler six jours par semaine, sauf si des providences extraordinaires appellent à des jours occasionnels de fête et de jeûne (voir ci-dessous).

Il existe une pression sociale considérable pour observer certaines fêtes comme Noël ou Pâques. Les familles seraient contrariées si les membres choisissaient de ne pas y participer ; certains estiment avoir le droit moral de prendre un jour de congé à leur employeur et pensent à tort que l’employeur porterait atteinte à leur liberté Chrétienne s’ils étaient contraints de travailler pendant l’un de ces jours saints ; lorsque les églises locales organisent des cultes spéciaux, la pression est importante pour que la congrégation y assiste, etc. Tous ces éléments constituent des violations de la véritable liberté de conscience et du principe naturel selon lequel six jours de la semaine peuvent ou doivent être réservés au travail. Même si certains affirment que ces jours saints ne sont pas indispensables, leur investissement émotionnel et leurs actions envers les autres à leur sujet, montrent qu’en pratique, ils ne sont pas traités avec indifférence (adiaphora).

Cet argument est important, mais il n’est pas concluant. Les sept raisons suivantes brossent un tableau plus complet de l’opposition Réformée aux jours saints.

2.  Seul Dieu peut rendre un jour saint

La manière acceptable d’adorer le vrai Dieu est instituée par lui-même, et limitée à sa propre volonté révélée, de telle sorte qu’il ne peut être adoré selon les imaginations et les artifices des hommes, ou les suggestions de Satan, sous aucune représentation visible ou de quelque autre manière que ce soit non prescrite dans la Sainte Écriture (Exode 20:4-6 ; Dt 4:15-20 ; 12:32 ; Mt 4:9-10 ; 15:9 ; Ac 17:25 ; Col 2:23).

Confession de foi de Westminster 21:1

Dieu nous interdit de l’adorer « selon notre cœur et nos yeux », parce que nos esprits déchus nous feraient devenir « une prostituée » ; la vraie sainteté consiste à adorer Dieu selon ses commandements (Nb. 15:39-40). Seule la pensée de Dieu est capable de nous guider dans un saint culte, nous ne sommes pas capables de le faire nous-mêmes. Les jours saints et les cérémonies institués par l’homme sont un affront au Chef de l’Eglise, car l’homme n’a ni le pouvoir ni l’autorité de sanctifier les jours ou d’inventer des éléments du culte « par l’art et l’artifice de l’homme » (Actes 17:29 ; cf. 1 Rois 12:33). Attribuer une signification spirituelle à quelque chose sans que l’Écriture ne le fasse, c’est le summum du culte volontaire (Col. 2:23), c’est-à-dire de l’idolâtrie.

« Qu’est-ce que l’idolâtrie, sinon le fait d’attribuer à des rites conçus par l’homme, la puissance et la vertu de faire ce que nul autre que Celui à qui appartient toute puissance dans le ciel et sur la terre ne peut faire ? »

George Gillespie, A Dispute Against the English Popish Ceremonies, p. 192.

Dieu seul possède la prérogative et l’autorité de mettre à part un jour spécial de culte et de repos. Les êtres humains n’ont pas l’autorité pour sanctifier un jour, nous ne pouvons pas adorer Dieu comme nous le voulons, nous devons adorer Dieu comme il nous a dit qu’il voulait être adoré. Le Christ, en tant que Chef de l’Église, n’a sanctifié aucun autre jour que le jour du Seigneur pour l’adoration sous le Nouveau Testament. Par conséquent, ajouter notre propre calendrier au calendrier de l’église du Christ serait un affront à son rôle de Chef de l’Église. Nous devons sanctifier [le culte] en observant ce que Dieu a institué, et non en essayant d’impressionner Dieu par notre ingéniosité et notre innovation dans le culte.

« Il n’y a aucun pouvoir, ni civil ni ecclésiastique, qui puisse établir un jour saint : pas de Roi, pas de Kirk [Église] : seul le Seigneur qui a fait le jour, et l’a distingué de la nuit : il a sanctifié le septième jour… Si la sanctification spéciale d’un jour pour un usage saint dépend du commandement et de l’institution de Dieu, alors ni Roi ni la Kirk [Église] ne peuvent établir un jour saint ».

Perth Assembly, p. 67.

Bien que Noël et Pâques puissent ne pas être considérés comme des jours plus saints que d’autres, ils sont des « jours saints » au sens où nous l’entendons ici, en ce qui concerne leur but et leur utilité, car ils sont mis à part pour des exercices religieux. Des textes bibliques spécifiques doivent être choisis, contrairement au Jour du Seigneur où il est laissé libre d’enseigner n’importe quelle partie de la Parole de Dieu. Des cérémonies non bibliques sont ajoutées, telles que l’allumage de bougies, l’agitation de branches de palmier et certaines décorations ayant une signification religieuse voulue, qui toutes violent le Principe Régulateur du Culte et renversent le rôle de Chef du Christ sur son Église. Ainsi, en réalité, les jours saints institués par l’homme ne sont pas simplement équivalent, mais « surpassent en solennité le Sabbat moral fixé par le Seigneur » (Ibid.).

Les jours occasionnels de jeûne public ou d’action de grâces

Néanmoins, il est légitime et nécessaire, lors d’occasions spéciales et urgentes, de séparer un ou plusieurs jours pour le jeûne public ou l’action de grâce, comme les différentes dispensations de la providence de Dieu, éminentes et extraordinaires, en donneront la cause et l’opportunité à son peuple.

Directoire du Culte Public de Westminster

La Lumière de la Nature enseigne que lorsque le jugement de Dieu est évident, ou qu’une société a désespérément besoin de se repentir d’un péché particulier, il convient de proclamer un jeûne général et un temps d’appel à Dieu pour qu’il détourne sa colère et lui accorde la repentance. De même, en temps de bénédiction, il est approprié de séparer un jour pour l’action de grâce publique. Des temps occasionnels de jeûne ou d’action de grâces provoqués par des événements providentiels peuvent être observés à plusieurs reprises dans l’Écriture (comme dans 2 Chron. 20:2-3 ; Esdras 10 ; Néh. 9 ; Joël 1:14, 2:15 ; Soph. 2:1-3 ; Matt. 9:15), alors que les jours saints mis à part par les hommes sont explicitement rejetés dans l’Écriture. Une partie de la rébellion et de l’idolâtrie de la fabrication et de l’adoration du veau d’or a été la création d’un jour saint d’adoration pour « Jéhovah » (Ex. 32:5). De même, Jéroboam a grandement irrité le Seigneur, en partie, en imitant les fêtes Mosaïques prescrites et en instituant un jour saint « qu’il avait conçu dans son propre coeur » (1 Rois 12:33).

Les temps occasionnels de jeûne ou d’action de grâces convoqués par l’Église sont des circonstances du culte puisque « toutes les causes, occasions et temps particuliers de jeûne ne pouvaient pas être déterminés dans l’Écriture » (Gillespie, Dispute Against English Popish Ceremonies, p. 51), mais les jours annuels mis à part par l’Église pour la commémoration d’événements bibliques (tels que la naissance ou la résurrection du Christ) sont des éléments du culte et n’ont aucune justification dans l’Écriture. Les premiers sont des réponses à des difficultés ou des bénédictions immédiates, telles que reconnues par les anciens de l’église (ou par un individu, une famille, une communauté ou une nation), et leur appel à jeûner ou à festoyer en réponse à Dieu dans cet ensemble particulier de circonstances, tandis que les seconds découlent d’une réglementation mécanique (c. f. Marc 2:18-20 ; Matt. 6:16-18 ; G.I. Williamson, The Westminster Confession of Faith for Study Classes, p. 169) et ont un sujet biblique, plutôt que circonstanciel, ce qui les met au même niveau que le Jour du Seigneur comme élément du culte. Comme nous sommes audacieux lorsque nous instituons des éléments du culte de notre propre invention!

3. Personne d’autre que Dieu n’a jamais institué un jour saint

Non seulement personne à part Dieu ne peut rendre un jour saint, mais, en fait, personne dans l’Ancien Testament n’a jamais fait cela licitement, donc personne non plus ne peut le faire sous le Nouveau Testament. Mais qu’en est-il de Pourim (Esther 9:22), et de la fête de la Dédicace (Hanoukka) (1 Maccabées 4:36), pendant laquelle Jésus était à Jérusalem (Jean 10:22)?

Pourim

« Il semble que les jours de Pourim n’aient été désignés que pour être des jours de joie et d’allégresse civiles, comme c’est le cas pour nous, lorsque nous allumons des feux de joie, et d’autres manifestations de joie civile pour un bénéfice mémorable que le royaume ou le Commonwealth a reçu. En effet, on ne les appelle pas les jours saints de Pourim, mais simplement les jours de Pourim, jour de fête et d’envoi de présents les uns aux autres (Esther 9:19-22); aucune parole d’adoration de Dieu en ces jours-là ».

George Gillespie, Dispute Against English Popish Ceremonies, p. 245.

Pourim est essentiellement le même type de fête que le 4 juillet aux États-Unis. Il ne s’agit pas d’une fête religieuse, mais plutôt d’une célébration civile et n’est donc pas du ressort du Principe Régulateur du Culte. En outre, le Livre d’Esther est traditionnellement considéré comme ayant été écrit par Mardochée, qui était également prophète (Esther 4:13). Par conséquent, que « les jours de Pourim aient été institués pour être des jours saints ou non, il y avait pour eux un mandat plus qu’ordinaire » (Ibid., p. 101) et elle fut instituée par un prophète de Dieu, ainsi, qu’elle soit civile ou sainte, Pourim était légitime.

La fête de la dédicace (Hanoukka)

La fête de la Dédicace était une commémoration de la nouvelle dédicace du second Temple à Jérusalem lors de la révolte des Maccabées, durant la période inter-testamentaire; elle est consignée dans les livres apocryphes de 1 et 2 Maccabées. Thomas Cartwright compare les dédicaces du premier et du second temple mentionnées dans l’Ancien Testament à celle de Judas Maccabée afin de démontrer qu’elle n’a pas le même caractère que les deux premières, qui furent faites légitimement :

« Que cette fête [de la dédicace] ait été instituée indûment et sans fondement, apparait par la lecture de la dédicace du premier Temple sous Salomon (1 Rois 8:22ss), et du second, après le retour de la captivité de Babylone (Esdras 6:15-18). Dédicaces pour lesquelles il n’y avait pas de commémoration annuelle par une fête solennelle, pas même un seul jour ; il est ainsi évident que la commémoration annuelle de cette fête pendant huit jours, n’était pas guidée par cet Esprit qui dirigeait Salomon et les captifs. Cet Esprit habitait plus abondamment chez Salomon et chez les prophètes qui se trouvaient derrière la dédicace des captifs que chez Judas [Maccabée], en qui se trouvait une telle présomption qu’ayant une jambe plus courte qu’eux, il les a, en cela, surpassés. Et sa témérité est d’autant plus grave que, chacun d’eux, pour la construction du Temple tout entier, avec tous ses accessoires et son mobilier, n’a fait aucune fête pour en renouveler la mémoire annuelle ; Judas, pour le seul renouvellement de l’Autel, et de certains autres endroits délabrés du Temple, a institué cette grande solennité ».

Annotations on John 10.

Les Pharisiens ont ajouté de nombreuses fêtes sans autorisation divine, comme les fêtes des Tekuphas (équinoxes) et la fête de la Xylophorie, la fête de la Dédicace n’était qu’une autre tradition Pharisienne.

La présence de Jésus à Jérusalem pendant la fête de la Dédicace

« On célébrait à Jérusalem la fête de la Dédicace. C’était l’hiver. Et Jésus se promenait dans le temple, sous le portique de Salomon. Les Juifs l’entourèrent…. » (Jean 10:22-24a).

Que nous pensions ou non qu’il s’agissait d’un jour saint illégitime, ce passage ne dit pas que Jésus a observé la fête de la Dédicace, mais il nous donne plutôt la date et le lieu où les événements suivants se sont produits. Il serait injustifié de supposer, à partir de ce passage, que Jésus tolérait ce jours saint illégitime. Le Christ est resté à Jérusalem après la fête des Tabernacles (Jean 7) afin de pouvoir prêcher aux foules lors de la fête de la Dédicace, et non pour pouvoir observer ce jour saint institué par l’homme. Nous ne conclurions pas qu’un prédicateur de rue à la Nouvelle-Orléans le jour de Mardi Gras observait Mardi Gras. Le but du passage est de montrer que le Christ a profité de l’occasion pour enseigner ce qu’est la véritable « lumière du monde », et non pour approuver le « culte volontaire » ou « les commandements des hommes ».

« Jésus a mis à profit la fête de la Dédicace, bien qu’elle ne soit pas d’institution divine, comme une occasion appropriée d’exercer son ministère, lorsque des foules de Juifs étaient rassemblées de toutes parts… » (Samuel Davies, sermons, 1758).

4. Les jours saints annuels faisaient partie de la Loi Cérémonielle et ont été abrogés avec elle

« Si vous êtes morts avec Christ aux rudiments du monde, pourquoi, comme si vous viviez dans le monde, vous impose-t-on ces préceptes: Ne prends pas! ne goûte pas! ne touche pas! préceptes qui tous deviennent pernicieux par l’abus, et qui ne sont fondés que sur les ordonnances et les doctrines des hommes? Ils ont, à la vérité, une apparence de sagesse, en ce qu’ils indiquent un culte volontaire, de l’humilité, et le mépris du corps, mais ils sont sans aucun mérite et contribuent à la satisfaction de la chair ». (Colossiens 2:20-23).

« L’Apôtre les appelle ‘ces faibles et pauvres rudiments’ (Gal. 4:9-10). ‘Les rudiments du monde’ (Col. 2:20). ‘L’ombre des choses à venir’ (Col. 2:16-17). L’Apôtre ne dit pas : ‘l’observation des jours Juifs’, mais en soi, l’observation des jours servait au peuple de Dieu pour un usage typique et comme un rudiment de la religion. Si l’observation de certains jours d’anniversaire était prescrite aux Juifs, comme éléments et rudiments pour leur instruction, il s’ensuit que l’observation des jours d’anniversaire est en soi une instruction rudimentaire, sinon la logique de l’Apôtre ne tiendrait pas.

L’Apôtre condamne la différence des jours comme il condamne la différence entre les viandes. Considérer certaines viandes comme pures et d’autres comme impures, c’est une attitude Juive, même si nous n’observons pas la même différence que les Juifs. Les jours et les viandes sont mis en parallèle, estimer un jour plus saint qu’un autre, sans le commandement du Seigneur, c’est aussi Judaïque. La Kirk [Église] sous l’Evangile a dépassé ces rudiments ; et donc l’observation des jours d’anniversaire ne lui convient plus. Substituer d’autres jours à la place des jours Juifs, une Pascha [Pâques] et une Pentecôte Chrétiennes à la place des Juives, n’est que remplacer des rudiments et des éléments Juifs, et non pas les supprimer, mais c’est changer les jours saints des Juifs…

Les Juifs n’avaient pas d’autres jours d’anniversaire que ceux qui ont été abrogés. Ils ont été abrogés non seulement en tant qu’‘ombre de choses à venir’, mais aussi en tant que mémoriaux des bienfaits passés. Même s’ils étaient des jours de commémoration, ils faisaient partie de la pédagogie de la Loi. Les Juifs convertis ne peuvent pas légitimement observer les festivités Juives, même en tant que commémoration de bienfaits passés (Gal. 4). En tous points leurs jours d’anniversaire sont abolis, et ils n’en avaient pas d’autres que ceux qui ont été abolis. Ainsi, à tous égards, ils font partie de la Loi Cérémonielle. L’observation des jours d’anniversaire, même en ce qui concerne la commémoration, était donc pour les Juifs une question pédagogique, rudimentaire et élémentaire, et par conséquent cérémonielle… Si les Juifs n’avaient plus de célébrations d’anniversaire à respecter après la venue du Christ, lorsqu’ils auraient du se convertir au Christianisme, comment l’observation des jours d’anniversaire peut-elle être reprise par les Chrétiens? »

Perth Assembly, p. 72.

5. Jésus-Christ n’a institué aucun autre jour saint que le Jour du Seigneur

En plus de l’abrogation des cérémonies et des fêtes de l’Ancien Testament, et du silence total du Nouveau Testament concernant toute nouvelle fête, ce qui suffirait à prouver qu’il n’existe pas d’autres jours saints Chrétiens que le Jour du Seigneur, le Sabbat Chrétien, les raisons suivantes démontrent encore mieux qu’il n’y a pas de nouveaux jours saints.

S’il y avait eu d’autres jours consacrés au Christ, la déclaration de l’apôtre Jean « Je fus ravi en Esprit au Jour du Seigneur » (Apoc. 1:10) serait ambiguë. Il suppose clairement que ses lecteurs comprendront à quel jour il se réfère. Lorsque l’apôtre Paul condamne l’observation des jours saints Juifs (Col. 2:16 ; Gal. 4 ; etc.), il ne les dirige pas vers de nouveaux jours saints. Si de tels jours existaient, cela aurait été le lieu approprié pour les mentionner.

« Contre cet argument, il est premièrement allégué que l’Apôtre compare [le Sabbat] à l’observation des jours (Rom. 14:5-6) ».

« Réponse : L’Apôtre supporte l’infirmité des Juifs faibles, qui ne comprennent pas la plénitude de la liberté Chrétienne. Et la loi cérémonielle n’était pas encore obsolète (Héb. 8:13). Mais le même Apôtre réprimande les Galates, qui avaient atteint cette liberté, et qui avaient autrefois laissé de côté l’observation des jours (Gal. 3:3-4 & 4:9-11 & 5:7-8). Ensuite, les jours Juifs ont eu jadis cet honneur, parce qu’ils étaient institués par Dieu lui-même : mais les jours d’anniversaire institués par les hommes ne reçoivent pas le même honneur ».

Ibid, p. 74.

Par souci de concision, nous n’allons pas ici défendre le Jour du Seigneur comme le Sabbat Chrétien. Voir The Perpetuity and Change of the Sabbath | Jonathan Edwards.

Les jours saints dans l’Église primitive

Il existe des récits contradictoires dans l’Église primitive sur l’origine de la Pascha, la Pâque. Certaines sources affirment que l’apôtre Jean l’a enseignée, d’autres que Pierre et Paul l’ont enseignée, mais les récits ne sont pas fiables. L’Écriture seule est la règle de la foi et de la vie (Luc 16:29, 31 ; Ép 2:20 ; 2 Tm 3:16 ; Ap 22:18-19), et si les Apôtres voulaient que quelque chose soit observé par l’Église, ils l’auraient écrit dans l’Écriture. Et si les Apôtres avaient été inspirés par le Saint-Esprit pour instituer une version Chrétienne de la Pâque (Pascha) ils n’auraient pas été en désaccord sur le jour où elle devait être observée, comme en ont témoigné certains membres de l’Église primitive. Certains ont rapporté que Philippe et Jean la célébrait le 14e jour du mois, et d’autres que Pierre la célébrait le premier Jour du Seigneur après le 14e jour du mois, ce qui donna lieu à une longue controverse.

« Le but des apôtres n’était pas de fixer des jours de fête, mais d’enseigner une vie juste et la piété. Et il me semble qu’autant d’autres coutumes ont été établies dans les différentes localités en fonction des usages. Ainsi, la fête de Pâques a été observée dans chaque lieu selon les particularités individuelles des peuples, dans la mesure où aucun des apôtres n’a légiféré en la matière. Les Quartodécimains affirment que l’observance du quatorzième jour leur a été transmise par l’apôtre Jean, tandis que les Romains et les Occidentaux nous assurent que leur usage remonte aux apôtres Pierre et Paul. Aucune de ces parties ne peut cependant produire de témoignage écrit confirmant ce qu’elles affirment ».

Socrate (380-439 après J.-C.), Church History, book 5, chapter 22.

6. Dates spécifiques

Si Dieu voulait que nous organisions des festivités religieuses pour les événements de la vie du Christ, il aurait enregistré les jours exacts de l’année où ces événements ont eu lieu, mais nous ne disposons pas de telles informations, les dates de Noël, Pâques, l’Avent, Carême, etc. sont au mieux des hypothèse savantes; ce n’est donc pas la volonté de Dieu que nous mettions à part et observions ces jours.

« Si c’était la volonté de Dieu, que les différents actes du Christ soient célébrés avec plusieurs solennités, le Saint-Esprit nous aurait fait connaître le jour de sa Nativité, de sa Circoncision, de sa présentation au Temple, de son Baptême, de sa Transfiguration, etc… Si les principales oeuvres de Dieu mettent certains jours au-dessus des autres, tous les jours de l’année devraient être saints. Si nous devons honorer la mémoire des actes du Christ, tous les jours doivent également être saints, car chacun d’eux est rempli de ses miracles. Le Christ, par ses actes, n’a pas plus consacré les temps où ils ont été accomplis que son corps n’a consacré la crèche ou la croix. Ce n’est pas l’action du Christ, mais son institution, qui rend un jour saint. Si les actes du Christ élèvent et consacrent les jours où ils ont été accomplis, ces jours doivent être connus… Vous voyez donc que, de même que Dieu a caché le corps de Moïse, de même il a caché ce jour et les autres jours dépendant du calcul de celui-ci, en quoi il a déclaré sa volonté concernant ces autres jours marqués par ses actes remarquables ».

Perth Assembly, p. 79-80.

7. Même les choses indifférentes, lorsqu’elles sont abusées et polluées par la superstition, devraient être abolies

Si une chose n’est ni commandée ni interdite, elle est indifférente (adiaphora). Cependant, si une chose indifférente devait être corrompue par la superstition, elle devrait être supprimée afin de ne pas causer d’offense. C’est un devoir du deuxième commandement de non seulement détester, s’opposer et supprimer tout faux culte, mais aussi de supprimer tous les monuments d’idolâtrie, selon nos lieux et nos appels (WLC Q. 108). Nous devons haïr « même la tunique souillée par la chair » (Jude 23) et suivre l’exemple d’Ezéchias : « Il fit disparaître les hauts lieux, brisa les statues, abattit les idoles, et mit en pièces le serpent d’airain que Moïse avait fait, car les enfants d’Israël avaient jusqu’alors brûlé des parfums devant lui: on l’appelait Nehuschtan » (2 Rois 18:4). Nous devons « nous abstenir de toute apparence de mal » (1 Thes. 5:22) et ne pas suivre les voies des païens superstitieux (Jérémie 10:2-5).

« Que la célébration des jours saints ait été au début une affaire indifférente, et que toutes les raisons précédentes aient été écartées, ils doivent quand-même être abolis, car selon la règle des Pères, qui nous a été recommandée par Zanchius (In 4. Praecept. Col. 678. ), Non male igitur fecerint qui omnis pr’ter diem Dominicum aboleverunt, Les choses indifférentes, quand elles sont abusées et polluées par la superstition, doivent être abolies… Le nombre, les abus, les superstitions, les faux cultes, les cultes volontaires des fêtes ont tellement augmenté, qu’il n’y a rien dans la kirk qui soit si peu recommandable à Dieu, si pernicieux pour les hommes, que de sanctifier tel et tel jour. Nous prétendons que nous ne plaçons aucune partie du culte de Dieu dans l’observation des jours. Mais comment pouvons-nous observer un jour à l’honneur du Christ, et ne pas l’adorer par cette observation? Ce serait ne pas l’honorer par quelque chose fait en son honneur. C’est ainsi que nous raisonnons contre les papistes. Consacrer des jours aux Saints est un culte religieux. N’est-ce donc pas un culte religieux que de consacrer un jour au Christ; si, certainement, et un culte volontaire ».

Ibid, p. 83.

George Gillespie définit ainsi les « monuments d’idolâtrie » :

« Les cérémonies sont illégitimes, car ce sont des monuments de l’idolâtrie passée, qu’il n’est pas nécessaire de conserver, et qui devraient être totalement abolis, en raison de leur abus idolâtre… Toutes choses et tous rites, qui ont été notoirement abusés au profit de l’idolâtrie, s’ils ne sont pas tels que Dieu ou la nature en a fait un usage nécessaire, doivent être totalement abolis et éliminés du culte Divin, de telle sorte qu’ils ne puissent être ni considérés ni exploités par nous, comme des choses sacrées ou des rites s’y rattachant…

Je dis, celles qui ont été notoirement abusées par l’idolâtrie, parce que si l’abus n’est pas connu, nous sommes sans reproches pour retenir les choses et les rites qui ont été abusés. Je dis, s’ils ne sont pas tels que Dieu ou la nature en a fait un usage nécessaire, parce que s’ils sont d’un usage nécessaire, soit par l’institution de Dieu, comme les sacrements, soit par la loi de la nature, comme l’ouverture de la bouche pour parler (car lorsque je dois prêcher ou prier publiquement, la nature fait qu’il est nécessaire que j’ouvre la bouche pour parler de manière audible et articulée), alors l’abus ne peut pas nous en enlever l’usage. Je dis qu’ils ne peuvent pas être utilisés par nous comme des choses sacrées, des rites relevant du culte divin, car hors de la sphère du culte, ils peuvent être utilisés à des fins naturelles ou civiles. Si je ne pouvais pas avoir d’autre nourriture à manger que l’hostie consacrée, que les papistes idolâtrent dans sa circonférence, je pourrais légitimement la manger; et si je ne pouvais pas avoir d’autres vêtements à mettre que les vêtements sacrés dans lesquels un prêtre a dit la messe, je pourrais légitimement les porter. Les choses dont on abuse pour idolâtrer ne sont alors illégitimes que lorsqu’elles ne sont pas utilisées autrement que religieusement, et comme des choses sacrées ».

George Gillespie, Monuments of Idolatry, extrait de Dispute Against English Popish Ceremonies, pp. 149-150.

8. Ce qui a été légitimement aboli ne peut être reçu et pratiqué de nouveau

Après les accomplissements de la Réforme Protestante, où l’Église Réformée s’est débarrassée des rituels et des fêtes superstitieux, idolâtres et arbitraires de l’Antichrist Papal, comment pouvons-nous justifier le fait de revenir à une position tiède ?

« Etes-vous tellement dépourvus de sens? Après avoir commencé par l’Esprit, voulez-vous maintenant finir par la chair? Avez-vous tant souffert en vain? si toutefois c’est en vain… mais à présent que vous avez connu Dieu, ou plutôt que vous avez été connus de Dieu, comment retournez-vous à ces faibles et pauvres rudiments, auxquels de nouveau vous voulez vous asservir encore? Vous observez les jours, les mois, les temps et les années! Je crains d’avoir inutilement travaillé pour vous…Vous couriez bien: qui vous a arrêtés, pour vous empêcher d’obéir à la vérité? Cette influence ne vient pas de celui qui vous appelle. » (Gal. 3:3-4 & 4:9-11 & 5:7-8).

« Si l’Apôtre reproche vivement aux Galates d’être retournés à la chair, après avoir commencé dans l’Esprit, c’est-à-dire aux cérémonies de la Loi de Moïse, ordonnées par Dieu durant un temps, quel reproche méritons-nous après avoir commencé dans l’Esprit, et avoir si bien couru, et si longtemps, si nous retournons aux traditions et aux superstitions humaines ? »

Perth Assembly, p. 86.

« Prenez garde à vous-mêmes, afin que vous ne perdiez pas le fruit de votre travail, mais que vous receviez une pleine récompense » (2 Jean 8).

« Comme un chien qui retourne à ce qu’il a vomi, Ainsi est un insensé qui revient à sa folie » (Prov. 26:11).

«  En effet, si, après s’être retirés des souillures du monde, par la connaissance du Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, ils s’y engagent de nouveau et sont vaincus, leur dernière condition est pire que la première. Car mieux valait pour eux n’avoir pas connu la voie de la justice, que de se détourner, après l’avoir connue, du saint commandement qui leur avait été donné. Il leur est arrivé ce que dit un proverbe vrai: Le chien est retourné à ce qu’il avait vomi, et la truie lavée s’est vautrée dans le bourbier » (2 Pierre 2:20-22).

« Si le juste se détourne de sa justice et commet l’iniquité, s’il imite toutes les abominations du méchant, vivra-t-il? Toute sa justice sera oubliée, parce qu’il s’est livré à l’iniquité et au péché; à cause de cela, il mourra »  (Ez. 18:24).

« Souvenez-vous de ces premiers jours, où, après avoir été éclairés, vous avez soutenu un grand combat au milieu des souffrances… N’abandonnez donc pas votre assurance, à laquelle est attachée une grande rémunération. Car vous avez besoin de persévérance, afin qu’après avoir accompli la volonté de Dieu, vous obteniez ce qui vous est promis. » (Héb. 10:32, 35-36).

[1] Après avoir cité chronologiquement plusieurs articles adoptés par les Églises Réformées Néerlandaises, le pasteur David Demarest résume l’histoire de l’action synodale en ce qui concerne les jours saints ecclésiastiques :

« Au début, l’intention était clairement d’abolir entièrement ces jours. Puis on a jugé préférable (car le peuple continuait à les prendre pour des jours saints), de les valoriser par la tenue de services religieux, et finalement on a enjoint leur observance, sans doute pour des raisons d’édification. Il est probable que les magistrats, qui sont continuellement désignés comme ayant autorité en la matière, n’ont pas, pour des raisons découlant des circonstances de l’époque, du génie et des habitudes du peuple, jugé opportun de les abolir. Alors qu’ils continuaient par autorité, l’Église, à juste titre, a voulu les rendre favorables de piété ».

David D. Demarest, History and Characteristics of the Reformed Protestant Dutch Church, 2e édition (New York, Board of Publication of the Reformed Protestant Dutch Church, 1856), p. 175.

[2] Cet article est un résumé de Reasons Against Holy Days, l’un des cinq points de litige rédigés par David Calderwood et l’Assemblée Générale de la Kirk d’Écosse en 1618, lorsque le roi James força la Kirk à adopter les Cinq Articles de Perth. Les quatre autres articles réfutés par l’Assemblée Générale sont : l’agenouillement pendant la communion, le baptême privé, la communion privée pour les malades ou les infirmes, et la confirmation par un évêque. Lisez le rapport complet ici : Perth Assembly.

Voir aussi The Religious Observance of Christmas and ‘Holy Days’ in American Presbyterianism par Chris Coldwell.

A Holy God and Holy Days par le révérend Robert McCurley (transcription et audio).

Dispute Against English Popish Ceremonies by George Gillespie

Article original disponible ici.

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