Tout esprit non préoccupé reconnaitra aisément que c’est là le langage de la vérité, de laquelle de peur que vos consciences ne soient touchées, on use d’un artifice, qui est de vous représenter notre religion tout autre qu’elle n’est, et vous la dépeindre comme un monstre affreux, et nous faire dire choses entièrement éloignées de notre créance. Et là-dessus plusieurs d’entre vous sont de si facile créance, que d’aimer mieux apprendre quelle est notre religion par les invectives de nos ennemis, que par notre propre confession. Même après que nous avons protesté de ne rien croire de tout ce qu’ils nous imposent, encore nous veut-on persuader à nous-mêmes que nous croyons ce que nous ne croyons pas. En quoi, ils nous justifient sans y penser. Car par là ils confessent tacitement que notre religion, proposée au vrai, ne peut être combattue ; et que si elle était représentée en naivelé, elle ferait d’entrée une forte impression en l’esprit de l’auditeur par l’évidence de sa vérité. Ils vous disent :

1. Que notre religion enseigne que les bonnes œuvres ne sont point nécessaires.

2. Que les élus peuvent sans nul danger se licencier à tout mal.

4. Que Dieu contraint nos volontés et les traine par force au bien .

5. Que nous accusons Dieu d’injustice, comme nous ayant donné une loi que nous ne pouvons accomplir.

6. Que nous sommes ennemis des saints et de la vierge Marie.

7. Que, pour entendre l’Ecriture, chacun de nous se vante d’avoir une inspiration particulière.

8. Et que nous nions la toute-puissance de Dieu en l’Eucharistie.

Tout cela est faux et contraire à notre créance.

1. Notre religion enseigne que les bonnes œuvres sont nécessaires à salut, car on ne va point en paradis par le chemin de l’enfer, on ne va point au royaume de Dieu en servant au diable.

2. Notre religion enseigne que les prédestinés à salut sont aussi prédestinés à vivre saintement. Dire :« Je puis m’abandonner à mal puisque je suis élu » est le langage d’un réprouvé qui veut être méchant, parce que Dieu est bon, et qui fait de la grâce de Dieu, qui est un aiguillon à la vertu , un oreiller pour s’en dormir au vice.

3. Notre religion croit que Dieu salarie les bonnes œuvres, mais d’un salaire gratuit.

4. Elle croit que Dieu ne contraint point les volontés, mais les fléchit et fait qu’elles s’adonnent volontaire ment au bien.

5. Elle n’estime point chose injuste que Dieu demande à l’homme ce qu’il ne peut, quand l’homme le doit, et quand son impuissance vient de sa faute.

6. Elle honore les saints, comme ces mêmes saints ont honoré les saints qui les ont précédés.

7. Pour l’intelligence des Ecritures, elle se contente de ce qui s’y trouve de clair, et laisse aux frénétiques l’inspiration particulière.

8. Elle ne nie point la toute-puissance de Dieu en l’Eucharistie, mais elle se règle par sa volonté. Elle se sert du saint sacrement de la Cène, non pour faire Jésus-Christ, mais pour l’honorer ; non pour faire descendre son corps à nous, mais pour élever nos cœurs à lui. Elle n’entreprend pas de prendre Dieu en celle vie, mais se contente que Dieu nous prenne en la mort. Elle ne craint pas que Dieu puisse tomber, ou être dérobé, ou emporté par les souris, ou mangé par ses ennemis. Elle ne croit point que le Fils de Dieu et le diable soient entrés ensemble en Judas, ni que Jésus Christ se soit mangé soi-même, vu que cela n’était nécessaire pour notre rédemption .

Notre religion est une religion qui ne reconnait autre chef de l’Eglise que Jésus-Christ, ni autre règle de foi que sa Parole, ni autre sacrifice propitiatoire que sa mort, ni autre purgatoire que son sang, ni autre mérite que son obéissance.

C’est une religion qui veut que le peuple lise la Parole de Dieu, parce qu’elle ne craint point qu’on y trouve sa condamnation ; qui parle en langue entendue, parce qu’elle n’a point de honte de sa créance. 

C’est une religion qui met le jeûne en abstinence, mais non en distinction de viandes. Elle jeûne par exercice d’humilité, et non par opinion de mérite ou de satisfaction ; elle n’emprunte point les satisfactions d’autrui, ainsi elle croit avec l’Apôtre « que chacun portera son propre fardeau » (Ga. VI,5).

C’est une religion qui, se défiant de ses oeuvres, se fie en la promesse de Dieu, qui prêche la confiance, et non le doute de son salut. Qui recommande une assurance humble, et non une perplexité arrogante, par laquelle ceux qui étalent leurs mérites font profession de douter de leur salut.

C’est une religion où les hommes confessent qu’ils ont souvent fait ce que Dieu a défendu, bien loin d’avoir fait plus qu’il n’a commandé ; si éloignés de faire du supérabondant, que même ils défaillent en ce qui est nécessaire. Ils ne prétendent pas de faire Dieu débiteur par des œuvres de supérérogation, mais se confessent débiteurs par leur désobéissance.

C’est une religion qui, au lie de former des pierres à l’image de l’homme, tâche de réformer l’homme à l’image de Dieu ; qui, au lieu d’adorer une image de bois, adore le crucifié, se fie en sa passion et se glorifie de son opprobre.

C’est une religion qui ne croit point que Dieu, qui a livré son Fils à la mort pour sauver ses ennemis, prenne plaisir à brûler les âmes de ses enfants en un feu de purgatoire, et à les punir pour des péchés déjà pardonnés, et pour lesquels Jésus -Christ a pleinement satisfait : par punitions qui servent non à amender le pécheur, mais à contenter la justice de Dieu.

C’est une religion qui ne fait point ses prières par compte, et ne met point l’efficace de l’oraison au nombre de la répétition d’une même prière, mais en la foi et disposition du coeur.

C’est une religion qui tient que la foi ne consiste point à ignorer, mais à connaitre ; qui administre également les choses saintes aux riches et aux pauvres. Non comme en l’église romaine, où les dispenses et lettres d’absolution se vendent, et les messes particulières ne se disent jamais pour un qui n’a rien donné. 

Bref, c’est une religion qui a moins de splendeur en dehors, mais plus de solidité en dedans ; qui veut être reconnue de près, qui ordonne moins de cérémonies, mais donne plus d’instruction.

Pierre Dumoulin, Le Bouclier de la Foi, ou Défense de la Confession de Foi des Eglises Réformées du Royaume de France contre les objections du Sieur Arnoux, Jésuite, pp. 20-24

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