L’expression « traverser le Tibre » [swimming the Tiber] est une métaphore pour désigner la conversion du Protestantisme au Catholicisme Romain. Je n’ai pas été en mesure de déterminer ses origines, mais le Dictionary of Christianese online fait remonter l’expression à 1963, ce qui, si l’information est exacte, signifierait qu’elle est apparue pendant le concile Vatican II (1962-65). Je suis surpris que l’expression soit si moderne, mais peut-être l’est-elle.

Nous sommes à nouveau confrontés à la traversée du Tibre parce que Mark Galli, l’ancien rédacteur en chef du magazine Christianity Today, a annoncé qu’il se convertissait au Romanisme. Il n’est que l’une des nombreuses conversions notables, dont certaines ont été observées ici au fil des ans. Pourquoi les évangéliques deviennent-ils Romanistes ?

Quitter Charles Finney et Bob Jones pour le Vatican

En un mot : burnout. L’Évangélisme (que ce soit dans les principales églises ou dans les méga-églises) est épuisant, tout comme le fondamentalisme. Le premier est dominé par la quête sans fin d’une expérience religieuse extraordinaire (QIRE) et le second est dominé par la quête d’une connaissance identique à celle de Dieu, connaitre de la façon dont il connait (QIRC). Il n’y a pas non plus de modèle durable pour la foi ou la vie Chrétienne. En revanche, lorsque nous sommes fidèles à la théologie, à la piété et à la pratique que nous confessons, le Christianisme de la Réforme (et plus particulièrement la confession Réformée) est une théologie de pèlerin. Il se contente des moyens de grâce divinement institués et de se soumettre à la révélation divine telle qu’elle est confessée par les églises et, là où les Écritures ne parlent pas explicitement ou implicitement, de vivre dans la liberté Chrétienne.

Pour de nombreux évangéliques, en particulier ceux qui sont issus du fondamentalisme (distincts des autres évangéliques), il était autrefois impensable de se convertir à Rome. Maintenant, bien sûr, c’est envisageable, surtout pour ceux qui cherchent un lien avec une théologie, une piété et une pratique antérieures à « How He Loves » ou « Shine, Jesus, Shine » et autres. De nombreux évangéliques et même certains fondamentalistes présument que ce qu’ils connaissent du Christianisme et ce qu’ils ont vécu dans l’église est le Christianisme de la Réforme. Ils en concluent que lorsqu’ils rejettent leur théologie, leur piété et leur pratique fondamentalistes ou évangéliques, ils rejettent la Réforme. La vérité est qu’un pourcentage infime d’évangéliques américains, et un pourcentage encore plus faible de fondamentalistes, vivent et adorent dans de véritables églises de la Réforme.

Le Véritable Christianisme de la Réforme est très Ancien

En vérité, le Christianisme de la Réforme est tout autre chose que la plupart des églises évangéliques et fondamentalistes américaines. Il n’est ni revivaliste (évangélique, au sens moderne du terme) ni fondamentaliste. Le Christianisme de la Réforme n’a pas à se fabriquer un lien authentique avec le Christianisme historique puisqu’il en est l’expression. Nous avons commencé à récupérer la théologie, la piété et la pratique patristiques au début du XVIe siècle. La tragédie des conversions évangéliques et fondamentalistes à Rome est amplifiée lorsqu’elle est associée à la recherche d’un lien avec le Christianisme ancien parce que le Romanisme n’est pas le Christianisme ancien. L’un est soit catholique, c’est-à-dire qu’il maintient la règle de foi (regula fidei) résumée dans le Credo des Apôtres (symbolum apostolorum), le Credo de Nicée-Constantinople (325, 381), le Symbole de Chalcédoine (451) et le Credo d’Athanase (5e siècle), soit il est Romaniste. Il ne peut pas être les deux. Comme le mot « œcuménique », le mot « catholique » est un mot grec qui signifie « universel ». Le Romanisme n’est pas la foi ancienne et universelle de l’Église. Les Réformateurs Protestants ont réalisé que l’église avait été sérieusement déformée et ils ont cherché à réformer l’église, à la rappeler à la Parole de Dieu comme autorité finale de la foi et de la vie chrétiennes (sola scriptura). Ils ont cherché à réformer le culte de l’église en éliminant des siècles de pratiques qui n’étaient pas autorisées par Dieu dans l’Écriture et qui n’avaient pas de précédent dans l’église apostolique ou dans la pratique de l’église du 2ème ou 3ème siècle.

Le Christianisme Œcuménique n’a pas de Pape

L’un des marqueurs du Romanisme est sa soumission à l’Évêque de Rome, qu’il considère (et qui se présente comme) le vicaire universel du Christ sur la terre. Nous sommes d’accord avec Grégoire Ier pour dire que tout évêque qui prétend à ce titre est l’antichrist, et non un évêque de l’église du Christ. Rien dans le Nouveau Testament ne prouve que le Christ avait l’intention d’établir la papauté. La défense Romaniste de la papauté repose sur une inférence spécieuse et tendancieuse de Matthieu 16. Si Jésus voulait qu’il y ait un seul évêque monarchique à Rome et que cet évêque soit le vicaire universel du Christ sur la terre, on s’attendrait à ce que cela repose sur une base plus solide, mais ce n’est pas le cas. De plus, rien ne prouve que l’église du deuxième siècle ait su quoi que ce soit d’une telle papauté. L’apôtre Pierre lui-même nous a laissé deux épîtres avant sa mort et n’a rien dit sur le fait d’être pape. Nous ne savons même pas avec certitude s’il y avait un évêque monarchique à Rome au Ier ou au IIe siècle, ni même quelle était vraiment la succession des évêques – s’ils existaient -. C’est plus qu’étrange, si le Christ a établi la papauté. En fait, la papauté s’est développée progressivement. Nous pourrions regarder à Grégoire Ier au tournant du 7ème siècle ou à Léon Ier au 9ème siècle. Nous sommes assez éloignés de l’église apostolique ou même de l’église post-apostolique primitive.

Deux Sacrements

La communion Romaine prétend qu’elle perpétue la tradition apostolique dans le ministère sacramentel de l’église. Une grande difficulté liée à cette prétention est que Jésus n’a institué que deux sacrements, que Rome concède (en les appelant « dominicaux » par opposition à « apostoliques ») et prétend ensuite invraisemblablement qu’elle détient l’autorité pour instituer cinq sacrements supplémentaires. Cependant, jusqu’au IXème siècle, personne ne savait rien de ces cinq prétendus sacrements. Ils n’ont été officiellement reconnus qu’à la fin du 13ème siècle. Lorsque les églises Protestantes ont rejeté les sacrements supplémentaires de Rome, elles ne rejetaient pas une pratique ancienne, mais une corruption vieille de 300 ans.

L’Écriture est la Tradition Apostolique

Rome prétend avoir l’autorité de faire ce qu’elle fait en se basant sur une tradition apostolique non écrite qui la lui donnerait. Là encore, il s’agit d’une invention. Il n’y a tout simplement aucune preuve pour étayer cette prétention. La première revendication non ambiguë d’une telle prétention est introuvable avant la fin du 4ème siècle. Lorsque les pères du deuxième siècle parlaient de tradition apostolique, ils faisaient généralement référence soit à une pratique reçue des apôtres, qui se retrouve dans l’Écriture, soit à l’Écriture elle-même (comme, par exemple, dans l’Épître à Diognète). Tout cela a été documenté. L’appel de Rome à une tradition apostolique non écrite n’est pas seulement une invention bien commode, c’est un nez de cire qui permet de dire tout ce que le magistère a besoin de dire à un moment donné. Je rejette l’appel de Rome à l’autorité et à la révélation continue pour la même raison que je rejette les revendications des musulmans, des mormons et des pentecôtistes : l’Écriture est suffisante. Tout ce que je dois savoir pour le salut et la vie Chrétienne est suffisamment et clairement révélé dans les Écritures, la Parole de Dieu, innérante et infaillible.

La Grâce n’est pas un Médicament

À la fin de la période patristique et au cours du Moyen Âge, l’église en est venue à considérer la grâce comme une sorte de substance médicinale qui nous est infusée et avec laquelle nous devons coopérer en vue d’une éventuelle justification. Dans les Écritures et dans les premières expressions du Christianisme post-apostolique, la grâce n’était pas considérée comme une substance infusée, mais plutôt comme la libre faveur de Dieu envers nous qui sommes pécheurs. La bonne nouvelle n’est pas que le Christ est mort pour rendre le salut possible à ceux qui coopèrent suffisamment avec la grâce (comme le confesse Rome), mais que Dieu fait grâce aux pécheurs morts et sans espoirs, que cette faveur est inconditionnelle, qu’il nous élève à une vie nouvelle (régénération) et nous accorde la vraie foi, par laquelle seule nous recevons le Christ et tous ses bienfaits (par exemple, la justification, l’union, l’adoption, la sanctification).

La Foi est le Seul Instrument

Rome dit que nous sommes justifiés par la grâce (faveur et médecine) et la fidélité. Avec l’Écriture et les premiers Chrétiens post-apostoliques, nous disons que la foi, c’est-à-dire la connaissance, l’assentiment et la confiance, est le seul instrument de notre salut. La foi est suffisante parce que son objet, le Christ, est suffisant. Jésus n’a pas obéi, n’est pas mort et n’est pas ressuscité pour que nous puissions faire notre part. Il a tout fait pour nous. Tout ce qu’il a fait est imputé ou crédité à tous ceux qui croient. C’est pourquoi nous disons que la justification et la sanctification (le salut) sont des dons gratuits de Dieu. Rome dit que nous sommes justifiés parce que nous sommes sanctifiés. Nous disons que nous sommes sanctifiés progressivement parce que nous sommes justifiés par la seule faveur gratuite de Dieu, au moyen de la foi seule. À nos yeux, le Romanisme est un type d’esclavage parce que le pécheur n’est jamais vraiment justifié. Selon Rome, on peut être justifié un jour, mais pour un Romaniste, dire qu’il est justifié maintenant est considéré comme une présomption. Paul, cependant, dit que nous sommes d’ors et déjà justifiés (Rom 5:1 ; 8:1).

Jésus est Notre Pontife

Progressivement, au cours du Moyen Âge, les ministres ont été considérés moins comme des serviteurs (ministres) de la Parole de Dieu que comme des prêtres offrant des sacrifices dans le sacrifice eucharistique de la messe. Sans parler du fait que le premier écrivain à proposer la doctrine de la transsubstantiation vivait au 9e siècle, les Écritures et l’Église antique ignorent totalement la doctrine Romaine du sacrifice eucharistique ou la notion qu’un homme (autre que Jésus) puisse se tenir entre l’Église et Dieu pour faire propitiation, c’est-à-dire pour le rendre favorable envers nous qui sommes pécheurs.

L’épître aux Hébreux est consacrée à réfuter l’idée que nous avons encore besoin de prêtres terrestres. Nous n’en avons pas besoin parce que nous avons le Dieu-Homme, Jésus, Dieu le Fils incarné, comme seul grand prêtre (pontife) devant le Père. Il se tient dans le saint des saints (sanctus sanctorum) pour nous. Il entend nos prières. Il intercède. Il est bien disposé à notre égard. La doctrine Romaine du sacerdoce est sans fondement dans la Parole de Dieu ou dans l’église ancienne.

Jésus est Notre Médiateur

L’une des plus grossières corruptions introduites dans le Christianisme par le Romanisme est la prolifération de médiateurs, qu’il s’agisse de saints inconnus (qui ne peuvent ni entendre les prières ni y répondre), de prêtres et de papes, ou de la vierge bénie. Il est certain que tous les hommes l’appellent bienheureuse car, par la grâce et la providence de Dieu, l’Homme-Dieu était dans son sein. Elle était la théotokos. Cependant, Rome, insatisfaite du peu de révélation à l’égard de sa vie et de son service à notre Seigneur, l’a élevée depuis les années 1950 au rang de médiatrice. Ce n’est rien de moins qu’un blasphème contre notre Sauveur, qui est mort une fois pour toutes, pour tout son peuple suffisamment. Les blessures sur ses mains sont suffisantes. Les blessures à ses pieds suffisent. Aussi bénie qu’elle soit, la Vierge Marie est totalement incapable d’entendre les prières et de les exaucer. Ce n’est pas elle qui s’est incarnée, qui est morte et qui est ressuscitée pour nous. Ce n’est pas elle qui a été élevée dans le ciel, mais Jésus.

Conclusions

Nous aimons nos amis et nos voisins Romanistes et nous reconnaissons que nous avons un lien familial. Nous revendiquons tous deux une lignée dans l’église antique et médiévale, mais il existe, comme le souligne ce bref aperçu, de graves différences entre nous. Nous ne sommes pas d’accord sur les questions fondamentales de la foi. Nous ne sommes pas d’accord sur la nature des Écritures, sur la nature du salut et sur la nature de la suffisance de la personne et de l’œuvre du Christ. Il ne s’agit pas de petites questions. Elles touchent au cœur de la foi et à la plus ancienne « règle de la foi ». Sur ces points, nous ne pouvons pas avoir tous les deux raison.

Mark Galli dit qu’il n’a pas quitté l’évangélisme. Peut-être pas, mais il a laissé la foi évangélique telle qu’elle était comprise pendant la Réforme et telle qu’elle est confessée par les Églises Réformées. Il n’a pas rejoint l’ancienne Église catholique, mais une secte tridentine corrompue du XVIe siècle. Le lecteur ne doit pas non plus se méprendre sur les anciennes affiliations Presbytériennes de Galli. Il faisait partie de l’Église Presbytérienne des États-Unis (PCUSA), qui a depuis longtemps tourné le dos à la foi Réformée historique. En général, la PCUSA ne tolère même pas ceux qui affirment la foi Réformée historique, surtout lorsqu’elle est en conflit avec le modernisme et elle a commencé, il y a près d’un siècle, à expulser ceux qui maintiennent la foi Réformée historique.

Les amis évangéliques de Galli ne doivent pas penser qu’il a fait une découverte jusqu’ici inconnue d’une vérité ou d’une expérience mystérieuse qu’ils devraient expérimenter par eux-mêmes. Les amis qu’il a laissés derrière lui feraient bien mieux d’enquêter sur le Christianisme authentique tel qu’il a été recouvré lors de la Réforme.

Article original ici.

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